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26 juillet 2006

Le CRIF suggère-t-il un bombardement nucléaire?

Le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, annonce fièrement sur son site avoir lancé une campagne de presse anti-libanaise («Sous l’égide du CRIF et du CJE : Grande campagne de soutien à Israël dans la presse nationale»). Voici le communiqué complet tel que diffusé sur le site du CRIF:

Le Monde, Le Figaro et Libération datés du 20 juillet 2006 publient un encart sous le titre : «Le Hezbollah est une menace pour la paix». Sous l’égide du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et du Congrès Juif Européen, le FSJU, l’ABSI Keren Or, l’Alliance israélite universelle, le B’nai Brith, le Cercle Bernard Lazare, les CCJ, la Coopération féminine, l’Hachomer Hatsair, les Fils et Filles de déportés juifs de France, le KKL, le MJLF, SIONA, l’UEJF, l’ULIF, la WIZO et les autres organisations membres du CRIF, rappellent qu’«Israël exerce son droit de légitime défense et mène une action militaire proportionnée à cette menace». Les signataires de ce texte posent la question: «Si Marseille, ville jumelée à Haïfa, dont plusieurs habitants ont été tués, était bombardée par des terroristes, la France resterait-elle passive?» Ils rappellent les propos de Jacques Chirac qui avait déclaré le 19 janvier 2006 : «L’intégrité de notre territoire, la protection de notre population, le libre exercice de notre souveraineté constitueront toujours le cœur de nos intérêts vitaux… Les dirigeants d’Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous doivent comprendre qu’ils s’exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part.»
Sur l’initiative du Congrès juif européen, des encarts identiques doivent être publiés jeudi 20 juillet dans d’autres médias européens, parmi lesquels les journaux allemands Frankfurter Allgemeine, Die Welt et Suddeutsche Zeitung, et néerlandais Telegraph et NRC.
La citation de l'intervention de Jacques Chirac du 19 janvier 2006, qui suit l'évocation de bombardements sur Marseille, donne dans la franche subtilité. Car, en matière d'«action militaire proportionnée», la déclaration de Jacques Chirac est unanimement considérée comme une réorientation de la politique française en matière d'utilisation de l'arme nucléaire. C'est le texte dit «de Landivisiau» portant sur la dissuasion nucléaire française. Citons un extrait légèrement plus complet que celui du CRIF:
L'intégrité de notre territoire, la protection de notre population, le libre exercice de notre souveraineté constitueront toujours le cœur de nos intérêts vitaux. Mais ils ne s'y limitent pas. La perception de ces intérêts évolue au rythme du monde, un monde marqué par l'interdépendance croissante des pays européens et aussi par les effets de la mondialisation. Par exemple, la garantie de nos approvisionnements stratégiques ou la défense de pays alliés, sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger. Il appartiendrait au Président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une agression, d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux.

La dissuasion nucléaire, je l'avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d'États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part. Et cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature.
En fait d'«action militaire proportionnée», le CRIF cite l'unique texte français contemporain qui suggère l'utilisation de l'arme nucléaire contre les «États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous». Ce qui est, partant de deux soldats capturés, la marque d'une colossale finesse.

3 commentaires:

Rémy. a dit…

Bonjour...
Je vous lis avec plaisir, pour votre style et votre honnêteté, mais je trouve que là vous faites de l'explication de texte qui vire à l'interprétation...
Mais je vous rejoins entièrement sur la schizophrénie du CRIF.
Je ne comprends toujours pas comment on peut être européen et soutenir Israël. Et je trouve très dangereux, le jeu du CRIF qui consiste à parler au nom de tous les juifs de France, et à aligner leur vision sur la vision israelienne, à manipuler n'importe quel fait divers pour le transformer en acte anti-sémite (l'affaire Fofana par exemple), et à cultiver le culte de la Shoa plus pour s'en servir d'argument massue dès que l'on s'oppose à Israël, que par réel besoin de recueillement envers les victimes. Jeu dangereux qui pourrait conduire à un antisémitisme latent...
Quand à l'utilisation d'armes nucléaires, c'est pas un peu dangereux? Ca risque pas de polluer dans un rayon suffisament grand pour contaminer Israël?
Enfin, tout celà est bien déespérant.

Thau a dit…

Je vous lis aussi avec beaucoup d'intérêt.

Vous prenez ici un raccourci très hasardeux. Laissez leur donc ce type de manipulation. L'abus qu'ils en font suffit à les discréditer.

Si vous souhaitez vraiment décrypter et commenter leur propagande, faites le avec votre pertinence habituelle, vous n'en serez que plus efficace.

Merci pour vos textes.

Lilith a dit…

Ce qui est le plus choquant dans cette affaire, c'est la publication de cette propagande dans le Monde, sans avoir averti au préalable le lecteur qu'il s'agissait d'une publicité.
Il fallait lire tout ce document, séparé, de l'article du journal, par une simple ligne grise, pour comprendre en arrivant à la fin du document qu'il s'agissit d'une publicité du Crif !! Et oui, je l'ai lu cette propagande, à mon insu!
Bien jouer pour la désinformation.
Chers lecteurs du Monde, lisez d'abord les dernières lignes des articles de ce journal pour savoir où le Monde vous embarque.