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18 juillet 2006

La sagesse de Gibran

Les miens sont morts,
Seul et perdu, je les pleure.

Les miens ont disparu,
Ma vie sera désormais un deuil infini.

Morts sont ceux que j'ai tant aimés,
Larmes et sang ont inondé les plaines de ma patrie,
Et, moi, ici, je vis comme avant,
Comme au temps où ma famille et mes amis étaient de ce monde,
Au temps où le soleil brillait sur les collines de mon pays.

Les miens sont morts,
La faim les a tués,
Et les armes ont achevé les rescapés.

Mais moi, je vis dans ce pays lointain, parmi les gens heureux.
Ils vivent dans l'opulence et le confort,
Ils sourient à l'avenir et l'avenir leur sourit.

Les miens sont morts, dans la souffrance et l'humiliation,
Mais moi, ici, je vis dans le confort et la paix.
Je suis malheureux, mon âme est accablée.

Si je souffrais la famine parmi les miens,
Si j'endurais l'humiliation qu'ils endurent,
J'aurais droit à la consolation du martyre
Ou la fierté d'être innocent au pays des innocents.

Hélas, je suis si loin de mon pays,
Les sept mers me séparent des miens;
Que puis-je pour eux ?
Rien,
Même pas l'honneur de les pleurer.

Je me trouve muet, misérable et sans volonté.

Si j'étais un épi de blé dans les plaines de la Syrie,
Ou un fruit mûr dans les vergers du Liban,
Une main m'aurait cueilli, éloignant d'elle le fantôme de la mort.
Je ne suis rien de tout cela,
Et je reste pitoyable face à moi-même et à la nuit.

(Gibran Khalil Gibran, «Les miens sont morts», dans Orages, recueil publié en 1920 au Caire. Traduit de l'arabe par Oumayma Arnouk el Ayoubi.)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

"Tous peuvent entendre mais seuls les êtres sensibles comprennent."
KG & PL

pasteur a dit…

Je pensais aussi, en ces moements tragiques, aux paroles, belles et en même temps emplies de colères, de Mahmoud Darwich :


"... Vous qui passez parmi les paroles passagères,
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses des martyrs
à nous de vivre comme nous le voulons.

(Passants parmi des paroles passagères, Mahmoud Darwich, Editionsde Minuit, 1998, extrait).

salwa a dit…

Tres emouvant ce texte de Gibran.J'en ai egalement publié un dans mon blog
amicalement
salwa