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09 décembre 2006

Un ministre du gouvernement Saniora impliqué dans une affaire anglo-saoudienne de corruption sur des ventes d'armes

«Un milliardaire libanais est entraîné dans l'enquête sur les ventes d'armes en tant que “second intermédiaire des Saoudiens”», révèlait le quotidien britannique The Guardian, la semaine dernière.

Il me semble important de signaler que ce «milliardaire» est l'actuel ministre des transports et des travaux publics du gouvernement Saniora. Un trafic avec les Saoudiens, vous avez déjà deviné qu'il s'agit d'un membre éminent du Courant du Futur de Hariri.

Il est également intéressant de savoir que Jacques Chirac lui a fait remettre les insignes de la Légion d'Honneur l'année dernière. (Je trouve cette histoire caricaturale...)

Voici une traduction de l'article du Guardian.

Un milliardaire libanais est entraîné dans l'enquête sur les ventes d'armes en tant que «second intermédiaire des Saoudiens»

David Leigh, Rob Evans et Ewen MacAskill
dimanche 2 décembre 2006

Le nom d'un autre milliardaire intermédiaire des Saoudiens est apparu hier soir dans l'enquête du Bureau des fraudes graves (Serious Fraud Office, SFO) sur des ventes d'armes controversées aux Saoudiens. Le SFO cherche des informations sur tout compte bancaire suisse appartenant à Mohammad Safadi, un homme politique libanais qui est intervenu pour des proches du Prince Sultan, le prince héritier d'Arabie Saoudite.

M. Safadi n'a pas souhaité commenter hier depuis son bureau de Beyrouth, où il occupe le poste de ministre des travaux publics et gère le groupe Safadi. Sa société d'investissement a reçu des contrats de l'entreprise d'armement anglaise BAE et possède des investissements dans des immeubles de bureaux à Londres estimés à 120 millions de livres britanniques.

Ce récent développement de l'enquête internationale intervient après l'annonce que le SFO cherche à obtenir l'accès aux comptes suisses liés au riche intermédiaire en armement installé à Londres, Wafic Said, qui a agit pour les fils du Prince Sultan, Bandar et Khalid.

Ni M. Safadi ni M. Said ne sont eux-mêmes les cibles des enquêtes pour corruption menées par le SFO. Mais les enquêteurs veulent accéder à leurs comptes bancaires pour voir si BAE a fait transiter des fonds secrets à destination d'officiels saoudiens à travers eux. Ce qui pourrait constituer une infraction criminelle pour les dirigeants de BAE.

Depuis que le SFO s'est rapproché des autorités suisses avec des détails sur les comptes offshore sur lesquels il souhaite enquêter, une tempête politique souffle sur la Grande Bretagne, le directeur général de BAE, Mike Turner, prévenant que les Saoudiens pourraient annuler leur gros contrat d'armement avec BAE et le donner aux Français, à moins que l'enquête de la police soient interrompue.

Les rumeurs sur le fait que les Saoudiens auraient soumis à Tony Blair un ultimatum de 10 jours pour stopper l'enquête de la police n'ont été confirmée par personne hier soir. L'ambassadeur d'Arabie Saoudite a déclaré que ces allégations étaient «la resucée d'une vieille histoire». À Paris, où le fils du Prince Sultan, Bandar, a rencontré Jacques Chirac il y a une semaine pour une discussion privée, les Français ont déclaré qu'ils ne cherchaient pas à arracher le contrat de 6 milliards de livres britanniques, pour 72 avions Eurofighter, aux Anglais. Un officiel français a expliqué: «Il n'y a pas d'initiative de la part du ministère de la défense pour promouvoir le Rafale [l'avion de chasse français]. Nous n'essayons rien pour vendre le Rafale [aux Saoudiens]. C'est un contrat anglais.» Mais des sources dans l'industrie soutiennent que la France a fait du lobbying pour un contrat différent et est un concurrent de longue date des Anglais.

Hier soir, l'avocat général, Lord Goldsmith, a déclaré qu'il n'avait pas l'intention d'interférer avec l'enquête, à la suite de discussions avec le directeur du SFO, Robert Wardle. Un porte-parole a indiqué: «Son opinion générale est qu'il ne faut en aucun cas interrompre des poursuites pour des raisons politiques.»

Le SFO a expliqué qu'il travaillait «aussi rapidement que les circonstances le permettent». Des avocats familiers de telles affaires soulignent que de nombreux délais sont causés par la longueur des procédures suisses, avant que ceux-ci n'acceptent d'ouvrir des comptes bancaires, par tradition hautement secrets.

Des sources à Westminster expliquent que BAE a entravé l'affaire pendant plusieurs mois en refusant de dévoiler des fichiers de paiements aux agents, et en faisant intervenir des pressions politiques pour empêcher SFO de recourir à ses pouvoirs de contrainte pour obtenir les informations. Un porte-parole du SFO a expliqué: «Notre travail consiste à nous concentrer sur les enquêtes, et à le faire aussi complètement et aussi rapidement que les circonstances le permettent. Si des preuves indiquent qu'il y a de quoi poursuivre, nous présentons l'affaire devenant la justice.»

Hier soir, les militants contre les ventes d'armes ont accusé BAE d'exagérer l'impact sur les emplois en Angleterre si ce contrat était perdu. Nicholas Gilby, de l'association Campagne contre les ventes d'armes, a expliqué: «Le propre rapport d'Eurofighter indique qu'il y a au mieux 11500 emplois dépendant des exportations vers l'Arabie Saoudite dans toute l'Europe, et certainement 4500 en Grande-Bretagne.»

L'enquête du SFO, qui a commencé lorsque le Guardian a obtenu des documents en 2003 suggérant que BAE avait une caisse noire de 60 millions de livres britanniques destinées à corrompre les généraux saoudiens, s'est développée pour couvrir aujourd'hui des paiements occultes de BAE dans une demi-douzaine de pays, pour un total supposé de plus d'un milliard de livres.

Un témoin potentiel, qui a été interrogé par le SFO, a déclaré au Guardian: «Ils m'ont interrogé sur le rôle de M. Safadi. Je leur ai expliqué que son entreprise britannique, Jones Consultants, avait payé des factures pour le Prince Turki bin Nasser, cherf des forces aériennes saoudiennes.»

BAE a refusé de commenter les dernières révélations, ajoutant: «BAE Systems n'est pas en train d'entraver l'enquête de SFO d'une quelconque façon, et continue à pleinement coopérer avec l'enquête du SFO.»

4 commentaires:

Ouf a dit…

Finalement, Nidal, et comme dirait un internaute dans le blog d'Alain Gresh, « toutes ces histoires n’en sont qu’une seule dont nous faisons partie ».

Autremment dit: "Le mouvement antimondialisation a vu se fédérer des forces du Nord et du Sud, face à une coalition de nantis du Nord et du Sud. C’est par la multiplication des combats communs en faveur d’autres mondes possibles, d’autres horizons, menés par ceux qui croient au ciel comme par ceux qui n’y croient pas que nous dépasserons les faux clivages de ceux qui veulent nous ramener aux guerres de religion." (A. Gresh)

Anonyme a dit…

Nidal,
On trouve une traduction presque intégrale du récent discours de Nasrallah sur le site français deAl Manar. En dehors de quelques idiotismes qui souffrent d'une traduction trop littérale, le discours est très bien traduit dans l'ensemble.

Anonyme a dit…

http://www.images-upload.com/images/1165773027_lak.jpg

K a dit…

Mr Marwan Hamédé, ministre de l'actuel gouvernement Libanais (donc théoriquement de TOUS les Libanais), hier, lors du journal télévisé de 20 heures de TF1: "Ce ne sont pas quelques centaines milliers de Chiites qui vont nous gouverner".