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14 décembre 2006

Quand le Hezbollah a oublié de proclamer la république islamique

Parmi les techniques d'excitation confessionnelle déployées par les forces gouvernementales, il y a cette rumeur incroyablement répandue: ce que veut (et risque d'obtenir) le Hezbollah, c'est l'avènement au Liban d'une mini-république islamique, d'un mini-Iran. Les chrétiens devront quitter le pays, les sunnites seront égorgés et toutes les filles devront porter le voile à la mode de Téhéran.

Loin de moi l'idée de vouloir ridiculiser ces craintes. Elle sont réelles, très répandues sous différentes versions, et il n'y a rien de plus dangereux que de les balayer avec mépris (ou de forcer le jeu politique sans en tenir compte).

Certains tentent d'y répondre en mettant en avant la présence chrétienne (et d'autres confessions, d'ailleurs) dans les manifestations. Rien n'y fait: «les chiffres sur les chrétiens sont surévalués», «le Hezbollah a demandé à ses ouailles de mettre des vêtements oranges», «dans les villages, plus personne ne soutient Aoun», «c'est une marionnette de Damas – c'est prouvé»...

Il y aurait bien, également, les nombreuses citations de Hassan Nasrallah lui-même indiquant qu'il n'est pas possible d'instaurer une République islamique au Liban, et que donc le Hezbollah ne le fera pas. Argument guère plus efficace que le précédent.

Il me semble important, alors, de rappeler une période récente durant laquelle, brièvement, des rumeurs absolument similaires avaient secoué le Liban: le départ des israéliens du Sud du Liban en 2000. Au moins on pourra juger selon des comportements et des faits, et non d'après des estimations et des prétentions.

Ce qui suit est un extrait de livre de Georges Corm, Le Liban contemporain. On pourra certes toujours prétendre que ce passage est un peu trop enthousiaste quant au rôle du gouvernement libanais de l'époque, puisque l'auteur était alors ministre des finances du gouvernement de Salim Hoss. Cependant, d'innombrables autres témoignages racontent absolument les mêmes faits.

Devant le nombre de morts et de blessés, de plus en plus important, que l'armée israélienne subit au sud du Liban, Ehud Barak, candidat du Parti travailliste aux élections de 1998, promet le retrait du sud du Liban s'il est élu.

Longtemps, personne ne pensera que Barak se conformerait à sa promesse. Pourtant, c'est bien ce qu'il fera au printemps 2000, deux ans après son élection. Longtemps les Libanais retiendront leur souffle : quel piège les Israéliens ont-ils préparé au sud du Liban pour accepter ainsi de se retirer sans condition ? Le souvenir des retraits de l'armée israélienne en 1984 et 1985 et des massacres communautaires qu'ils avaient à chaque fois entraînés est encore présent dans toutes les mémoires. Est-ce que ce nouveau retrait, qui terminerait toute présence israélienne au Liban, n'entraînera pas des massacres entre chrétiens et musulmans et, en particulier, des représailles des combattants du Hezbollah sur les supplétifs libanais de l'armée israélienne et les membres de leur famille ? Ne serait-il pas plus sage de négocier ce retrait, moyennant quelques concessions, afin d'éviter un nouveau bain de sang entre Libanais?

En fait, ni le gouvernement ni le Hezbollah ne se laissent influencer par la peur qui s'empare des Libanais, lorsqu'il devient clair à la fin du mois d'avril 2000 qu'Israël entend bien se retirer. De nombreuses voix vont réclamer l'envoi de l'armée au sud du Liban, immédiatement après le retrait, pour éviter les désordres, vengeances et massacres. Cette demande est forte, en particulier du côté de l'opinion modérée chrétienne. Les États-Unis font aussi savoir qu'ils entendent bien que le gouvernement désarme le Hezbollah et envoie l'armée libanaise au Sud pour assurer la paix à la frontière. Les Israéliens ont d'ailleurs menacé avec virulence le gouvernement libanais de représailles massives, si un acte d'hostilité quelconque était commis à la frontière contre les villages israéliens.

L'opinion libanaise devient très inquiète ; sur le marché des changes, la tension reprend. Du côté chrétien, bien que la milice aux ordres d'Israël comprenne des combattants de toutes les communautés du sud du Liban (chrétiens, chiites et druzes), la nervosité est forte. Le chef de la milice est un officier chrétien dissident de l'armée libanaise et l'on s'interroge sur le sort des familles des miliciens chrétiens dans une région à prédominance chiite où le Hezbollah fera la loi si l'armée libanaise n'intervient pas. Cette atmosphère malsaine tourne à la panique lorsque l'armée israélienne se retire à une vitesse record en mai 2000 (en l'espace d'une nuit). Beaucoup de miliciens et leurs familles (environ cinq à six mille personnes) s'enfuient en Israel, abandonnant leur maison et leurs biens. Mais, divine surprise, en dehors de ce mouvement limité de panique, l'évacuation ne provoque aucun massacre ou règlement de comptes. Le Hezbollah fait montre d'une retenue totale et l'État s'efforce de faire acte de présence à travers ses institutions civiles. Quelques jours après l'évacuation, le Parlement libanais tiendra même une séance solennelle à Bint Jbeil, capitale de la zone occupée. Il n'y aura aucun règlement de comptes au Sud, grâce à l'initiative du gouvernement de faire passer en jugement les miliciens à quelque communauté qu'ils appartiennent.

8 commentaires:

David a dit…

Personne ne peut sérieusement penser que le but du Hezbollah est d'instaurer une république islamique chiite au Liban. Avec seulement un tiers de la population (et encore, tous les chiites ne sont pas nécessairement des fans d'Ahmadinejad) et pour soutien principal logistique la Syrie (constituée à plus de 80% de sunnites) ce rêve n'a aucune chance de se réaliser. Il est donc facile de "dissiper" ces craintes.

En revanche ce qui est moins facile, et ce que vous ne faites d'ailleurs JAMAIS, c'est de préciser les buts réels du Hezbollah. Nulle part sur votre blog on ne lit que le mouvement actuel de l'"opposition" a été déclenché pile poil au moment de l'examen du projet de tribunal international dont la Syrie ne veut à aucun prix... certes l'"opposition" jure qu'elle n'est pas contre le tribunal mais elle serait plus crédible si elle avait entrepris de renverser le gouvernement après avoir montré dans les faits (en le votant) qu'elle approuve le projet. Cela aurait renforcé l'argument selon lequel le motif réel de l'opposition est l'"incompétence" ou la "corruption" du gouvernement.
Seulement voilà, ce n'est pas le cas.

On peut reprocher sans doute plein de choses aux membres du gouvernement actuel, mais imaginer que le Hezbollah et Michel Aoun détiennent les clés d'un Liban démocratique et déconfessionnalisé... c'est quand même énorme!
Comme quoi, c'est quand on se donne la satisfaction de "démystifier le discours dominant" qu'on tombe le plus facilement dans le panneau des mensonges les plus grossiers.

Si l'on cherchait un parallèle historique à la situation actuelle, il faudrait plutôt regarder du côté de Prague en 1948. Sauf que, comme vous le notez vous-même, le Hezb n'a aucune chance de réaliser ce que les communistes tchèques ont réussi à l'époque: il ne prendra pas le pouvoir et devra se résoudre à un compromis.
Je vous recommande l'article de M.Young sur le Daily Star (http://www.dailystar.com.lb/article.asp?edition_id=10&categ_id=5&article_id=77629): ce n'est pas un pamphlet simpliste anti-Hebollah, simplement une appréciation froide de la situation. Lorsque Nasrallah se sera résolu au compromis, et qu'il apparaîtra clairement que le Hezbollah n'était pas le fer de lance d'une nouvelle révolution égalitaire, il sera intéressant de voir comment les néo-gauchistes (qui ont trouvé dans l'islamisme radical un substitut au communisme et au tiers-mondisme d'antan) réagiront.

thau a dit…

@ David
Le mouvement de l'opposition est bien antérieur aux discussions sur le TPI relatif à l'assassinat d'Hariri. Réduire ce mouvement à cela est ridicule.

J'apprécie votre dernière phrase pour ce qu'elle résume très bien le fond de votre pensée. J'adorerais que vous me présentiez ces néogauchistes (et leurs écrits)qui ont trouvé dans l'islamisme radical un substitut au communisme et au tiers-mondisme d'antan...

D'ailleurs, à qui répondez-vous ? le discours que vous vous faites fort de contredire/dénoncer n'est pas celui tenu sur ce site...un peu de rigueur intellectuelle ne fait pas de mal dans ce genre de discussion David...

Nietzsche a dit…

En reponse a David,

Il semble que votre premier paragraphe ne serve que d'introduction a un sujet qui n'est pas aborde ici, a savoir les "buts reels du Hezbollah".
Le proces d'intentions que vous proposez ne serait pas en mesure de repondre aux questions que l'on peu legitimement se poser sur cette organisation qui demeure mysterieuse. Votre parallele avec Prague insinue que vous prettez au Hezb l'ambition d'un pouvoir non partage au Liban. Il faut etre tres mal informe pour ne pas s'apercevoir que ca ne tient pas debout.
Cependant la questions que vous abordez est interessante. Le timing des actions des ministres chiites suggere un agenda regional en effet. En revanche le forcing d'al-Sanioura au lendemain de la demission des ministres n'est pas moins suspect. L'"anti-syriannisme" etant l'unique ciment, la seule revendication, et la seule source de legitimite interne du gouvernement, il est opportun d'accuser les oppsants de faire le jeu de la Syrie. Cette methode, deja usee, parait de moins en moins credible. Dans ce cas peut-etre a tort.

Je me demande a qui vous adressez vous lorsque vous evoquez les cles de la democratisation. A ma connaissance personne n'a pretendu les detenir. En revanche Aoun promet d'oeuvrer a la deconfessionalisation, et les Nasrallah tendent a minimiser l'aspect confessionnel de la crise en mettant en avant une lecture politique. De la, il ne me semble pas grotesque d'imaginer que ces leader, qui beneficient d'une assise populaire reelle acquise par leur combat politique, puissent ouvrir la porte a la deconfessionalisation du Liban. De par leur entente ils ont meme deja oeuvre dans ce sens.

Byblos a dit…

Votre interlocuteur David écrit un billet avec lequel je suis profondément en désaccord. Mais ce billet a une indéniable et trop rare qualité dans le camp haririen : il fait la part des choses et il atgumente. Aussi, vais-je y répondre sur le même ton.

1- Il est heureux de constater que David remise un des épouvantails haririen au placard. Il est évident qu'une république chiite est impossible à instaurer. Par contre, il néglige complètement le danger très réel que représentent l'influence très prépondérante d'une certaine monarchie islamiste (car il faut bien donner à l'Arabie Saoudite le qualificatif qui lui revient). Cette influence s'est exercée par l'achat des terres libanaises souvent par le biais de Hariri père. Elle s'exerce aussi par le déversement de flots d'argent pour l'achat de nombreuses consciences. Parmi ses projets à tout le moins inquiétants, il en est un qu'on n'aborde jamais, celui d'un règlement de la question palestinienne par l'abandon de l'idée du droit au retour. La conséquence en serait donc l'implantation des Palestiniens au Liban. Avec le grave déséquilibre démographique que cela entraînerait au détriment aussi bien des chiites que des chrétiens.

2- Le tribunal international, parlons-en. Hezbollah autant que Aoun se défendent en disant qu'ils l'acceptent. Je ne les crois pas. Mais, dans le climat d'hystérie anti-syrienne cultivée au Liban à coup d'engrais médiatique à très forte dose, est-il possible de discuter sereinement de ce tribunal? Est-il possible de faire valoir qu'il serait, que son projet est d'ores et déjà la chose des étatsuniens? Est-il possible d'avancer que la Syrie est d'ores et déjà condamnée? Que cette condamnation annoncée sert peut-être, en neutralisant la Syrie, à renforcer l'emprise saoudienne sur le Liban? Cela vaut-il mieux que l'occupation syrienne? N'y a t-il pas un équilibre à rechercher comme le faisaient jadis les sages politiques arabes des Ryad Solh, Béchara el Khoury, Fouad Chéhab et quelques autres? Est-ce tout à fait l'attitude de Siniora et compagnie? Enfin, en acceptant tel quel le traité portant sur la création de ce tribunal, le Liban n'est-il pas en train de se mettre sous la tutelle des États-Unis? Si c'est là le but recherché, pourquoi ne pas en discuter loyalement?

3- L'alliance Aoun-Hezbollah est aussi porteuse de promesses d'avenir qui semblent apparaître comme une menace pour David. Oui, il y a des choix économiques à faire au Liban. Oui, il y a lieu de se demander si l'économie libanaise doit continuer à être axée sur la spéculation foncière, les opérations bancaires et le tourisme du jeu et du sexe, ou si elle ne doit pas être complètement réorientée vers le développement de l'agriculture et de l'industrie de transformation. Oui, il y a lieu de se demander si cette économie doit continuer à desservir exclusivement la place commerciale de Beyrouth (avec la retombée de quelques miettes sur le Mont-Liban), ou si elle ne doit pas prendre en compte l'état des régions périphériques (Sud, Nord et Békaa). Oui, il y a lieu de se demander si l'économie libanaise doit continuer à servir quelques rares familles privilégiées auxquelles se sont ajoutés récemment quelques multimilliardaires de fraîche date, ou si elle ne doit pas être au service de la population entière.

4- Certes Nasrallah-Aoun ne sont pas la panacée, au moins parce que ni l'un ni l'autre n'a abordé de front les questions économiques. Il n'en reste pas moins qu'ils sont la seule alternative au gang actuellement au pouvoir et aux nombreuses menaces qu'ils y représentent.

Nietzsche a dit…

Merci Byblos pour cette analyse. Je vous rejoins sur la qualite que vous attribuez a notre interlocuteur. Aussi ai-je tenu a developper les points ou son interpretation manque de profondeur.
A cette discussion, votre contribution ajoute la dimension essentielle qu'est le contexte regional et international. Une dimension que j'avais occultee par souci de coller point par point au sujet.
La plus grande escroquerie que presente l'approche "anti-syrienne" de la crise est d'ignorer le role, pourtant tres apparent, d'autres acteurs regionaux et internationaux.

Par ailleurs, je suis curieux de connaitre votre interpretation du refus du tribunal international, par Aoun en particulier.
Sur ce point je suis plus naif que vous. Je le crois sincere, d'autant plus qu'il a tenu a faire figurer ce point sur le document d'entente avec le Hezbollah.
J'ai trouve Nabi Berri credible (1 fois n'est pas coutume)lorsqu'il disait que tout le monde accepte l'idee du tribunal mais que certain point sur sa forme devait etre negocie.
Je pense qu'il manifestait les memes craintes que vous quant a l'instrumentalisation politique du tribunal par les USA, la France, les "Arabes moderes" et leurs relais locaux.

Davor Mihailovic a dit…

Au fait, on en parle peu, mais je suis retombe sur un Daily Star du debut octobre qui avance les chiffres d'un sondage, chiffres confirmes dans une nouvelle edition d'il y a qq jours dans le meme quotidien. 75% des libanais dans leur ensmble sont pour un gouvernement d'union nationale. Si qq a sous les yeux les chiffres par communaute...

Anonyme a dit…

Ce site condamne le Hezbollah alors qu'il est le seul a pouvoir défendre le Liban avec honneur. Durant la guerre menée par israel sur le territoire libannais, le gouvernement libanais n'a pas été en mesure de défendre ces citoyens alors que hezbollah l'a fait avec courage.Pour finir,je dirais simplement simplement vive le hezbollah et vive le liban!

Anonyme a dit…

Site Francophone pour le Hezbollah.
avec forum:
http://hezbollah.over-blog.net/

sans forum:
http://www.manar-fr.com/
(Sa change des site sioniste.hein?
Et désoler pour la pub)