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09 septembre 2006

Le kibboutz, Chomsky et la gauche

L'image des colons juifs en Palestine a beaucoup changé. Depuis le retrait de Gaza décidé par Sharon, même la propagande officielle s'autorise à présenter les colons comme des extrêmistes de droite et ultra-religieux. Manière assez paradoxale de faire passer les gouvernements israéliens comme beaucoup moins à droite et beaucoup moins religieux, au point que les médias occidentaux sont parvenus à dépeindre Sharon en homme de paix! L'image qu'Israël donne d'elle-même est désormais bien plus celle d'un pays urbanisé, moderne et hautement technologique.

Cependant, cela n'a pas toujours été le cas. Très longtemps, une large partie de la communication s'est focalisée sur les kibboutzim, ces communautés collectivistes et autogérées fondées sur des idéaux socialistes. L'influence de l'imagerie du kibboutz sur les gauches occidentales a longtemps été très importante, et même les gouvernements guerriers et expansionnistes israéliens ont exploité la «sympathie» qu'ils inspiraient.

Au point qu'on peut encore lire, dans la fiche de Wikipedia consacrée au terme «Kibboutz», l'incroyable jugement de valeur suivant:

Le kibboutz est sans doute la plus réussie et la plus poussée des expériences collectivistes et anti-autoritaires issues des idéologies socialistes du XIXe siècle.
Alexandre Arcady utilisait encore, en 1991, cet axe de la propagande israélienne dans son film Pour Sacha, dans lequel on découvrait la vie de la très belle Sophie Marceau dans un kibboutz en 1967.

Oui, c'est un drame romantique avec des fusils mitrailleurs. Richard Berry y est d'ailleurs très sexy dans son uniforme de l'armée israélienne.


Cette imagerie socialiste a sans doute beaucoup joué dans le soutien d'une partie des juifs de France, forte d'une importante composante «de gauche» (malgré la montée en puissance, notamment médiatique, de groupes liés au Likoud). J'ai ainsi quelques amis qui ont tenté une installation en Israël dans les années 70, avec de fortes motivations socialistes (et retour, écœurés, environ un an plus tard).

S'il ne faut pas confondre les différentes composantes des gauches en occident, je voudrais cependant regrouper ici trois textes qui concernent cette relation entre les gauches et l'idéal du kibboutz.

Uri Avnery dénonce dans un texte paru le 7 septembre 2006, ces gens «De gauche, mais...» (mais qui soutiennent la guerre). Il dénonce en particulier trois auteurs «de gauche» qui ont affiché dans la presse leur soutien à l'agression contre le Liban dans les premiers jours du conflit (Amos Oz, A. B. Yehoshua et David Grossman). La dernière partie de son texte propose une explication historique des errements de la gauche israélienne en invoquant les contradictions fondamentales liée à l'idéologie du kibboutz.
Depuis le début du mouvement juif ouvrier [Jewish Labor Movement] dans ce pays, la Gauche a souffert d'une contradiction interne: elle était à la fois socialiste et nationaliste. De ces deux composantes, le nationalisme était de loin le plus important. Ainsi, l'adhésion au syndicat (Histadrut) était basée sur une sélection strictement nationale: pas un seul Arabe ne fut autorisé à être membre de cette entité dont le nom officiel était «L'organisation générale des travailleurs hébreux en Eretz-Israël» (The General Organization of the Hebrew Workers in Eretz-Israel). Ça n'est que plusieurs années après la fondation de l'État d'Israël que des Arabes furent autorisés à adhérer.

L'une des plus importantes tâches du Histadrut été d'empêcher par tous les moyens, y compris par la violence, l'embauche d'Arabes dans les lieux de travail juifs. Pour cela, du sang a été versé.

Ceci est également vrai pour la plus glorieuse des créations socialistes: le kibboutz. Aucun Arabe n'a jamais été autorisé à en devenir membre. Cela n'était pas un accident: les kibboutzim se voyaient eux-mêmes non seulement comme la réalisation d'un rêve socialiste, mais aussi comme des forteresses dans la lutte des juifs pour le pays. La création d'un nouveau kibboutz, comme celui de Hanita à la frontière libanaise en 1938, a été célébrée comme une victoire nationale.

La composante la plus gauchiste du mouvement des kibboutzim, Hashomer Hatsa'ir (la base du parti Mapam, devenu aujourd'hui Merezt), avait pour slogan officiel: «Pour le sionisme, le socialisme et la fraternité des peuples». L'ordre n'était pas non plus accidentel: il exprimait les réelles priorités. Hashomer Hatsa'ir admirait certes Staline, «le soleil des peuples», jusqu'à sa mort, mais ses principales réalisations furent des colonies, en général sur des terres achetées à de riches propriétaires fonciers absents, après que les Fellahin, qui les avaient exploitées pendant des générations, ont été évincés. Après la fondation d'Israël, les kibboutzim Hashomer Hatsa'ir furent installés sur les terres des réfugiés et sur les terres enlevées par expropriation aux citoyens arabes. Le kibboutz Bar'am est installé sur les terres du village de Bir'am, dont les habitants arabes furent chassés après la fin des combats en 1948. Beaucoup de sionisme, très peu de fraternité des peuples.

Dans chaque situation de crise, cette contradiction interne du «sionisme de gauche» (comme ils aiment se désigner eux-même) devient évidente. C'est le fondement de cette double personnalité de la «gauche, mais...».

Quand les canons grondent et que le drapeau est levé, la «gauche, mais...» se met au garde-à-vous et salue.
En août 2006, la revue libertaire À voix autre livrait un très intéressant article historique sur les relations entre Les anarchistes, le sionisme et la naissance de l'État d'Israël. C'est un article à la documentation tout à fait intéressante et qui rend compte des contradictions des approches du sionisme dans les milieux anarchistes. Sylvain Boulouque y évoque notamment l'influence de l'idéal du kibboutz dans ces réflexions. Je ne reproduirai que sa conclusion (lisez l'article complet en ligne, il est vraiment très éclairant):
Les kibboutz, et de manière plus générale les formes de travail collectif, sont mis en valeur, idéalisés au point d’en faire des sociétés libertaires à part entière. Au-delà de la méfiance que les anarchistes conçoivent pour un État, force est de constater que les anarchistes ont de facto reconnu la naissance de l’État d’Israël, même si par la suite la critique de l’État hébreu est plus acerbe. Plusieurs facteurs expliquent cette reconnaissance, les kibboutz en sont l’élément déterminant. La naissance d’un État et l’affirmation du nationalisme juif - au-delà du discours antiétatiste et antinationaliste affiché - n’est finalement pas un obstacle à la reconnaissance d’Israël et de sa légitimité. En effet, l’objectif est le dépassement du cadre national et étatique né d’une vision quasi théologique et millénariste de l’évolution des sociétés. Cependant cette reconstruction de la société selon un imaginaire qui néglige les réalités au profit de la construction d’idéaux-types, dont les kibboutz sont la pierre angulaire, permet aux anarchistes d’éviter de se poser réellement la question de la naissance d’un État et de l’adhésion des populations à cette forme de société. Ils passent par cette non réflexion volontaire au dessus des interrogations qui remettraient en cause les fondements traditionnels de l’anarchisme.
Je terminerai avec le récit d'un ancien membre de kibboutz: Noam Chomsky. Celui-ci s'est installé en 1953, pour une durée de six semaines, près de Haïfa. Cet épisode est désormais utilisé pour lui reprocher d'avoir «un pied toujours à Sion», comme dans cet extrait de Jeffrey Blankfort:
Tout en faisant des recherches en vue de la rédaction du présent article, je pense que j’ai trouvé la réponse. En 1974, Chomsky a écrit un petit opuscule, Peace in the Middle-East (La Paix au Moyen-Orient), qui renferme beaucoup de réponses à cette énigme. Mais le paragraphe ci-après liait ensemble toutes ces réponses. Chomsky écrivait, en effet :
«… quelques années après [la création d’Israël], je passai plusieurs mois emplis de bonheur à travailler dans un kibboutz, et j’ai pensé retourner y vivre définitivement pendant plusieurs années. Certains de mes amis les plus proches, dont plusieurs avaient exercé une influence indéniable sur ma propre pensée, au fil des années, vivent aujourd’hui dans des kibboutzim, ou ailleurs en Israël et je conserve avec eux des relations étroites qui échappent pratiquement à toute attitude ou à tout jugement de nature politique. Je mentionne tout ceci afin d’indiquer très clairement que je vois inévitablement ce conflit, qui s’éternise, d’un point de vue très particulier, coloré par ces relations personnelles. Sans doute, cette histoire personnelle a-t-elle tendance à déformer ma perspective. À toutes fins, [j’en informe] le lecteur, [qui] doit en avoir la notion.»
Bien que Peace in the Middle-East ait été réédité en 2003, en première partie d’un énième bouquin de Chomsky, Middle-East Illusions, il est loisible de s’interroger sur le nombre des admirateurs de Chomsky qui connaissent ce «détail» de son passé. On trouvait une allusion à la jeunesse sioniste de Chomsky dans l’interview de Safundi citée plus haut, et ceci semblait justifier sa détermination à vouloir protéger Israël (un pays envers lequel il nourrit manifestement une grande affection), contre toute sanction, en dépit de ses exactions. Voici ce que déclarait Chomsky lors de sa dernière interview :
«J’ai été impliqué dans cela [= le sionisme, ndt] depuis mon enfance, dans les années 1930. J’appartenais au mouvement sioniste. En fait, j’étais un dirigeant des jeunesses sionistes. Mais j’étais contre l’idée d’un État juif, qui faisait partie du programme du mouvement sioniste, à l’époque. Ce n’était pas le principal de ce programme, mais cela était considéré comme faisant partie d’un tout… Ainsi, j’ai pu être un dirigeant militant des jeunesses sionistes – chose qui importait plus que tout, pour moi, durant mon adolescence – mais je demeurai opposé à la création d’un État juif, jusqu’en 1948.»
En 2004, dans une interview avec Amy Goodman, Noam Chomsky revient sur cet épisode (j'utilise ici une traduction en français réalisée par Jean Puesh trouvée en ligne):
NOAM CHOMSKY: À ce point là, à ce moment là, la plus part des détails n’étaient pas connus, bien que j’ai pu en avoir une vue juste en ce temps là et après quand j’ai vécu en Israël, pour un temps.

AMY GOODMAN: Quand?

NOAM CHOMSKY: En 1953. Dans un kibboutz, un kibboutz de Hashomer Hatza'ir, un kibboutz très à gauche. Haïfa était proche, mais tout est près d'une frontière, tout n'est pas loin de frontières. Je me rappelle sortant la nuit, de garde avec des amis, et voir que certains d'entre eux refusaient de prendre des armes. Nous leur demandions pourquoi vous refusez de prendre des armes avec vous. Ils n’étaient pas alors appelés des terroristes. En fait, le mot hébreu pour terroriste n’était pas encore créé. On les appelaient les envahisseurs, mais il fallait les foutre dehors. Je me rappelle demander à certains de ces types, «pourquoi vous ne portez pas d’armes?» Et ils m'ont dit, «écoutes, ces gens sont le peuple qui avait l'habitude de vivre ici. De leur point de vue, nous moissonnons leur terre, alors je ne vais pas les tuer. Je veux dire, je ne les veux pas ici». Des terroristes. Ils ont dû partir, mais...

AMY GOODMAN: Vous compreniez qu’ils étaient arabes?

NOAM CHOMSKY: Oh, oui. Chacun savait qui ils étaient. C’étaient les Palestiniens qui vivaient là. Une fois, je travaillais dans un domaine avec, encore, un homme plus âgé du kibboutz, et nous portions des tuyaux d'irrigation ou quelque chose comme cela, et j'ai remarqué un amas des rochers sur une colline, et je lui ai demandé ce que c’était. Il fit en sorte de changer de sujet et ne voulut pas en parler. Mais deux jours plus tard, il me prit à part et me dit : «Écoutes, c’était un village arabe, c’était un village paisible, mais quand il a fallu se battre, nous avons pensé qu’ils ne pouvaient pas rester là, alors nous les avons chassé et nous avons détruit le village». Et je rappelle que c’était un kibboutz très à gauche… des «colombes», pour le bi-nationalisme. En fait c’étaient des Bubériens, venant la plus part d’Allemagne.

AMY GOODMAN: se réclamant de Martin Buber.

NOAM CHOMSKY: Oui, et il était techniquement, en tout cas il était en faveur d'un bi-nationalisme. Et ils étaient extrêmes et je n’aime pas ça, mais c’est ce qui est arrivé.
Le lecteur attentif aura remarqué que Naom Chomsky évoque «un kibboutz de Hashomer Hatza'ir», c'est-à-dire «la composante la plus gauchiste du mouvement des kibboutzim» évoquée par Uri Avnery.

J'ai trouvé un autre texte de Noam Chomsky où il évoque les kibboutzim, et ce texte me semble le plus explicite sur ce sujet. Il s'agit d'une interview, que l'on trouve dans la compilation publiée par les éditions Aden sous le titre Comprendre le pouvoir. Chomsky a juste auparavant décrit son modèle social idéal, autogéré et proche de l'anarcho-syndicalisme. Il répond alors la question suivante: «On dirait que le modèle que vous préconisez ressemble à celui des kibboutzim.»
Le kibboutz est en effet aussi proche d'une démocratie qu'on peut l'être. J'ai vécu dans l'un d'eux pendant un certain temps et j'avais décidé d'y rester justement pour ces raisons. Mais la vie est remplie de surprises. Et, comme j'ai fini par le comprendre au fil des ans, si les kibboutzim sont des démocraties authentiques à l'intérieur, ils ont aussi de très mauvais côtés.

D'abord, ils sont extrêmement racistes: je ne pense pas qu'on puisse trouver un seul Arabe dans un kibboutz israélien et il s'avère que bon nombre d'entre eux ont été rejetés. Ainsi, si un couple se forme entre un membre juif d'un kibboutz et un Arabe, ils finissent en général par habiter dans un village arabe.

Ensuite, ils entretiennent une relation extrêmement désagréable avec l'État – chose que je ne savais pas jusqu'à il y a peu, même si cela dure depuis assez longtemps. L'une des raisons qui font que les kibboutzim réussissent économiquement est qu'ils reçoivent de substantielles subventions de l'État. Et en retour de ces subventions, ils fournissent les unités militaires israéliennes d'élite en corps d'officiers. Ainsi, si vous regardez qui fréquente les écoles de formation de pilotes, les commandos d'élite et ce genre d'unités, vous vous apercevez que ce sont des fils des kibboutzim – voilà le marché: le gouvernement les finance tant qu'ils alimentent la garde prétorienne. Et je crois même que c'est en partie grâce à l'éducation des kibboutzim qu'ils arrivent à alimenter cette garde prétorienne. Et là, il y a des choses qui devraient vraiment inquiéter ceux qui, comme moi, croient à des idéaux libertaires.

II y a dans la structure libertaire des kibboutzim quelque chose de très autoritaire. Je le voyais bien quand j'y vivais. Il existe une incroyable pression du groupe pour la conformité. Aucune force ne vous oblige à être conforme, mais la pression du groupe est très puissante. Les dynamiques de ce fonctionnement n'ont jamais été très claires à mes yeux mais on peut les voir en pratique: la peur de l'exclusion est très importante – pas l'exclusion dans le sens où vous n'êtes plus autorisé à entrer dans la salle à manger, mais simplement dans le sens où vous n'allez plus être dans le coup, d'une façon ou d'une autre. C'est comme être exclu d'une famille: si vous êtes un enfant et que votre famille vous exclut – par exemple, ils vous laissent vous asseoir à table mais ils ne vous adressent plus la parole – c'est accablant, vous ne pouvez pas y survivre. Ce qui se passe dans ces communautés a quelque chose de cela.

Je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui l'ait étudié mais si vous regardez les enfants grandir, vous pouvez comprendre pourquoi ils rejoindront les commandos d'élite ou les formations de pilotes. Il y a une pression machiste extraordinaire dès le départ – vous n'êtes bon à rien à moins de pouvoir endurer l'entraînement du corps des Marines et devenir un vrai dur. Cela commence très tôt et les enfants peuvent être vraiment traumatisés s'ils n'y arrivent pas: psychologiquement, c'est très dur.

Les résultats sont surprenants. Par exemple, il existe un mouvement de résistance en Israël, des gens qui refusent de servir dans les Territoires occupés. On n'y trouve aucun enfant des kibboutzim: le mouvement n'existe tout simplement pas là-bas. Les enfants des kibboutzim ont aussi la réputation d'être ce qu'on appelle des «bons soldats» – autrement dit, des gens pas très gentils: ils font ce qu'ils ont à faire. Tout cela représente un autre aspect des kibboutzim, et l'ensemble de ce phénomène se produit pratiquement sans force ni autorité, simplement parce qu'il y règne une dynamique du conformisme particulièrement puissante.

Ainsi, le kibboutz dans lequel j'ai vécu était constitué de personnes relativement cultivées. C'étaient des réfugiés allemands et beaucoup d'entre eux possédaient des diplômes supérieurs. Pourtant, tout le monde dans le kibboutz lisait le même journal. L'idée même de lire un autre journal était inconcevable – aucune loi ne l'interdisait mais c'était simplement impossible: si vous étiez membre de cette branche-ci du mouvement des kibboutzim, c'était le journal que vous deviez lire.

6 commentaires:

Claude Animo a dit…

Le conformisme des kibboutzim, auquel Chomsky fait allusion, correspond à des traits universels caractérisant les modes cognitifs dont les êtres humains sont dotés. Le seul moyen de combattre les symptômes de l'orthodoxie est de s'en extraire. Les effets(aveuglement sectaire, perte du jugement personnel, déni de réalité ...) disparaissent. Les causes de ces aveuglements ou plus exactement, les raisons qui nous poussent à toujours vouloir nous identifier à un groupe donné, persistent. Il s'agit sans doute des avantages évolutifs que tire notre espèce de cette conformation.

Pour illustrer ces affiliations à contre-emploi, je serais tenté de faire un parallèle avec en Israël la «gauche, mais...» étant aux Arabes ce qu'en France «la deuxième gauche» est au marché: Amir Peretz exact pendant de Cohn-Bendit en quelque sorte.

Sophia a dit…

Le kibboutzim fut pour la gauche européenne ce que le match de foot Angleterre-Hongrie fur pour le communisme selon jean-Luc Godard. Le kiboutzime fut la preuve pour la socialisme utopiste que le socialisme marche et le match de foot Angleterre-Hongrie, comme l'ironise Godard a prouvé que le communisme a existé deux fois 45' dans l'histoire car les hongrois ont joué collectivement et gagné, ce que les anglais furent incapables de faire.

Jeremy a dit…

très long mais très intéréssant.
Je dirais, sans avoir été en Israel, que les Kibboutzim sont des 'petits Israels', des démocraties idéales pour leurs membres (et encore, sans doute n'est-ce pas vraiment le cas) mais mettant les goys à l'écart.
J'admire Chomsky, ce qui fait sans doute de moi un admirateur de Chomsky. Je n'étais éffectivement pas au courant de sa période Kibboutzim, mais cela me parait tout à fait logique, ainsi que son sionisme. En effet il y avait un mouvement sioniste binational avant 47 et aujourd'hui encore, de nombreux Israeliens militent pour un état binational (Meron Benvenisti par eg.).
J'imagine que certains sionistes binationalistes se sont tout de même laissé aller à la ferveur kibboutzim du nouvel état juif. Il est difficile de les juger pour cela, même si cela peut être décrit comme une erreur.

Au fait, l'interview de Chomsky par Amy Goodman aurait bien besoin d'une meilleure traduction!

Cyrill a dit…

"La création d'un nouveau kibboutz, comme celui de Hanita à la frontière libanaise en 1938, a été célébrée comme une victoire nationale."
10 ans avant la création d'Israel? C'est pas mal... Y avait-il des défilés de jacobins à Paris le 14 Juillet 1779?
D'autre part, je ne vois pas en quoi le jugement cité de wikipedia est "incroyable". C'est une réalité, les kibbutzim sont une des rares réussites du socialisme jusqu'à maintenant.
Sinon, vous citez Chomski racontant qu'il était dans les Jeunesses Sionistes comme s'il s'agissait d'un aveu, ou d'une tare? Est-il honteux d'être sioniste? Est-il méprisable de penser que le peuple juif, après plus de deux mil ans de pogroms et un génocide dont le souvenir est tout sauf du "porno mémoriel" (Dieudonné), nécessite un territoire à lui, enfin, où pouvoir se réfugier? Si on écoute l'Occident - et maintenant l'Orient, quoiqu'historiquement l'Islam ait été de loin la religion la plus tolérante envers les juifs - le peuple hébreu n'est pas à sa place chez "vous", mais n'est pas à sa place non plus chez "lui"! Israel ne représente géographiquement que trois départements français, je ne sais même pas s'il y aurait la place de mettre toutes les tombes de celles et ceux que la Shoah a littéralement rayés de la face du monde.

Nidal a dit…

10 ans avant la création d'Israel?

D'abord, si vous voulez jouer à l'historien, essayez de faire la leçon à Uri Avnery, que je me contente de citer ici, car je le crois généralement assez fiable.

Quant à savoir s'il y avait un nationalisme avant l'existence d'un État, ça me semblerait plutôt logique... J'ai ainsi, par exemple, la vague impression qu'il y a un nationalisme palestinien, qui fête des victoires palestiniennes et pleure des catastrophes palestiniennes, et cela alors qu'il n'existe pas d'État palestinien.

C'est une réalité, les kibbutzim sont une des rares réussites du socialisme jusqu'à maintenant.

Non, c'est justement ce qu'expliquent les 3 textes que je reproduis ici. Si je fais un article justement pour regrouper trois textes qui expliquent que les kibboutz ne sont pas une réussite du socialisme, il me semble assez logique de ne pas considérer comme vraie l'assertion contraire...

Sinon, vous citez Chomski racontant qu'il était dans les Jeunesses Sionistes comme s'il s'agissait d'un aveu, ou d'une tare? Est-il honteux d'être sioniste?

Tout d'abord, ce sont deux questions totalement différentes. Être sioniste (aujourd'hui), c'est effectivement une opinion que je ne partage pas et dont je pense qu'elle soutient des politiques mortelles. Mais avoir fait partie d'un mouvement de jeunesse, dans sa jeunesse (logiquement), et ne plus en faire partie, c'est franchement autre chose.

Par ailleurs, je cite Jeffrey Blankfort, qui utilise cet épisode de la vie de Chomsky pour soutenir l'idée que celui-ci est toujours sioniste. Idée que je ne partage pas, mais qui fait débat, assez violemment, actuellement. Les deux textes que je reproduis de Chomsky me semblent largement répondre à ces accusations de «sionisme».

Pour le reste, les cimetières à vous, à nous et à lui, c'est le verbiage habituel.

Anonyme a dit…

Je trouve ce billet particulièrement intéressant, notamment sur la question de l'autoritarisme du groupe. Me revendiquant de l'anarchisme, j'ai toujours pris les kibboutz comme modèle de communauté libertaire réussie. C'était avant de rencontrer un kibboutzim qui avait 19 ans (deux ans de plus que moi à l'époque) et avait refusé de faire son service militaire (3 ans en israel, c long et dangereux). Dans les rues de son kibboutz, les gens crachaient sur son passage et l'insultaient. Il habitait près de haifa mais il était convoqué presque tous les jours à tel aviv (2 h de route) puis on le renvoyait chez lui puis on le reconvoquait. Sa vie était devenue très dure. La seule chose qu'il voulait faire, c'était quitter le kibboutz pour aller étudier aux Etats-Unis et je crois qu'il se demandait s'il désirerait jamais rentrer en Israel.