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19 septembre 2006

Sondage palestinien

Un communiqué de presse annonce les résultats d'un sondage du «Palestinian Center for Policy and Survey Research» (avec le soutien de la fondation Konrad Adenauer à Ramallah), mené dans la bande de Gaza et en Cisjordanie du 14 au 16 septembre 2006, auprès de 1270 adultes.

Principaux résultats:

  • Une majorité de 54% est mécontente de l'action du gouvernement du Hamas, contre 42% de satisfaits. Le mécontentement au sujet des questions économiques, telles que les salaires et la pauvreté, atteint 69%, pour seulement 26% des satisfaction.
  • Un large consensus, à 84%, déclare que la situation des Palestiniens, aujourd'hui, est mauvaise ou très mauvaise, avec seulement 5% d'opinions donnant les conditions des palestiniens bonnes ou très bonnes. De plus, 80% des sondés déclarent qu'eux et leur famille ne se sentent pas en sécurité dans les territoires palestininiens. La perception d'une Autorité palestinienne corrompue culmine à son plus haut niveau, à 89%, tandis que 72% des sondés pensent que les emplois aujourd'hui sont largement obtenus grâce au wasta (par piston).
  • Cependant, malgré le large mécontentement contre le gouvernement du Hamas, le pourcentage de ceux qui déclarent vouloir voter pour lui si de nouvelles élections se tenaient aujourd'hui reste quasiment inchangé, stable à 38% (contre 39% il y a trois mois). La popularité du Fatah a légèrement augmenté sur cette période, passant de 39% à 41%. La popularité des autres factions et groupes atteint 9% pour ce sondage, et 12% se déclare indécis. La popularité du Hamas avait atteint son plus haut niveau en mars 2006, un mois après l'élection parlementaire: elle était alors de 47%, contre 39% pour le Fatah.
  • Surtout, une majorité (67%) ne pense pas que le Hamas devrait accéder à la demande de la communauté des pays donateurs de reconnaître Israël, et seulement 30% pense qu'il devrait le faire.
  • Seulement un quart soutient la formation d'un gouvernement d'union nationale composé de toutes les factions sous la direction du Hamas. Un autre quart (24%) soutient la création d'un gouvernement apolitique composé de professionnels et de technocrates. Le plus important pourcentage (46%) soutient la création d'un gouvernement d'union nationale dans lequel le Fatah et le Hamas auraient des poids équivalents.
  • Un large pourcentage (32%) veut que la première priorité d'un gouvernement d'union nationale soit le renforcement de la loi et de l'ordre, suivi par le retour au processus de paix et aux négociations (25%), la fin des sanctions financières et politiques internationales contre l'Autorité palestinienne (23%), et la mise en place de réforme politique et de la lutte contre la corruption (18%).
  • Le taux de satisfaction quant à l'action du Président Mahmoud Abbas (Abu Maren) s'élève à 55%. Il y a trois mois, sa popularité était de 53%.
  • Le plus important pourcentage (46%) pense que la grève des employés et des enseignants de l'Autorité palestinienne n'est pas politique, mais vise à protester contre la détérioration des conditions de vie, alors que 36% pense qu'elle vise politiquement le gouvernement du Hamas, et 16% la voit comme une grève politique contre la communauté internationale.
  • Une majorité écrasante (86%) s'oppose aux enlèvements d'étrangers résidant en territoire palestinien, contre 13% qui les soutienne.
Évidemment, le chiffre qui sera sans doute commenté sera celui des 67% «qui ne pensent pas que le Hamas devrait accéder à la demande de la communauté des pays donateurs de reconnaître Israël». Je pense que cela sera reformulé médiatiquement ainsi: «67% des palestiniens opposés à la reconnaissance d'Israël»; notez cependant que la phrase du communiqué de presse officiel en anglais ne dit pas cela. Il y a ici deux «pièges» dans un tel changement de tournure:
  • le communiqué de presse évoque le comportement que devrait adopter le Hamas, et non l'opinion personnelle du sondé sur le sujet; «est-ce que le Hamas devrait...» n'est pas la même chose que «est-ce que vous devriez...»;
  • la tournure du communiqué indique «accept the demand of the donor community to recognize Israel» («accéder à la demande de la communauté des pays donateurs de reconnaître Israël»), et non «le Hamas devrait reconnaître Israël». La question suggère non pas une décision politique interne au Hamas ou à l'Autorité palestinienne, mais introduit le fait de céder au blocus international.
On lira certainement dans la presse le «refus» des Palestiniens à reconnaître Israël, là où le communiqué de presse semble plutôt indiquer un légitime refus de capituler face à une agression internationale (le blocus mené par les Israéliens et la communauté internationale).

Un autre piège dans ces chiffres consisterait à présenter ainsi «25% (seulement) des Palestiniens souhaitent un retour au processus de paix» (j'ai déjà lu une telle remarque dans un forum: «donc les Palestiniens ne veulent pas la paix»); or, ce passage interroge les sondés sur la priorité d'un nouveau gouvernement. Ce type de question, dans un sondage, ne donne jamais un résultat intéressant. Notamment parce que la question introduit une exclusion là où il n'y en a pas; on demande au sondé sa priorité, ce qui lui interdit évidemment de donner plusieurs réponses, alors même qu'un gouvernement, une fois nommé, peut très bien mener de front le rétablissement de la sécurité, les négociations avec Israël, la levée des sanctions, etc.; c'est bien pour cela qu'un gouvernement est composé de plusieurs ministres...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Gagné !
Most Palestinians think Hamas should not recognize Israel: poll
dpa - Deutsche Presse-Agentur
ici :
http://news.monstersandcritics.com/middleeast/article_1202471.php/Most_Palestinians_think_Hamas_should_not_recognize_Israel_poll

Anonyme a dit…

Les palestiniens n'auraient pas à se justifier de ne pas reconnaitre une entité coloniale au service de l'empire, qui, comme toutes les entités coloniales est fondée sur l'injustice, la terreur et le pillage des terres et des ressources.
Le sionisme finira comme toutes les pratiques coloniales du 19e et du 20e.

Malik

Orangerouge a dit…

Moi non plus je ne reconnais pas l'état d'Israël: je refuse qu'existe un état dédié à quelque religion ou culture que ce soit, et encore moins à une quelconque race.

Mon analyse est que l'état d'Israël n'a jamais cessé de tuer parce qu'il est fondé sur une idée raciste. Le problème du droit au retour palestinien n'est un problème que d'un point de vue raciste.

Orangerouge

Anonyme a dit…

pas vraiment un commentaire, juste pour vous communiquer mon admiration et celle de tous les amis à qui j'ai montré votre blog !! Très proche des libanais chiites( mon mari chiite bloqué au sud par la guerre y est toujours) tout est juste et bien dit , pourquoi ne publiériez vous pas tout celà, ce serais un livre génial . Ne seriez vous pas un ancien casque bleu français? j'en connais plusieurs qui vous ressemblent, j'aimerais vous contacter mon mail: calaischat@neuf.fr

Ibn Kafka a dit…

Intéressant cette pratique des sondages en Palestine et au Liban, confrontés à l'agression israëlienne. Je me demande ce que des sondages à Londres sous le Blitz auraient indiqué comme opinion majoritaire au sujet de la poursuite de la guerre contre Hitler.

Sur les sondages, le texte de Bourdieu "L'opinion publique n'existe pas" est toujours aussi juste, trente ans après.

fayez chergui a dit…

Bonjour Nidal.
C’est avec beaucoup d’intérêts que j’ai parcouru votre site. Nos opinions convergent, et je vous invite à visiter : www.letrimardeur.org.
C’est un site qui hurle contre l’injustice, mais surtout contre l’inconscience. Plus on est de fou plus on rit……………………….saumâtre.
Fayez Chergui