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27 septembre 2006

Divin jeu de mot, maître Capello

Chacun aura pu constater que le Hezbollah était doté d'une communication graphique contrastant avec l'amateurisme surchargé des mouvements islamiques. La typographie blanche et grise sur fond rouge à l'arrière de la tribune de la manifestation de vendredi dernier est à ce titre exemplaire:


Graphisme moderne et sobre, composition elle-même très contemporaine, les polices latine et arabe étant elles-mêmes sobres et modernes. De plus, l'affichage est trilingue arabe-anglais-français et le code couleur est totalement différent de celui du Hezbollah ou de l'islam (ni jaune ni vert).

En revanche, ce que n'aura sans doute pas perçu le spectateur non arabophone, c'est que le choix du slogan lui-même n'est pas lié qu'à des nobles considérations visant à résumer l'action politique du mouvement: c'est aussi un jeu de mot particulièrement transparent assurant la promotion du chef du parti.

Le simple fait de traduire le nom de famille du leader du Hezbollah permettra au lecteur de comprendre que, pour le chef d'un mouvement de Résistance islamique, ça tombe drôlement bien; Nasrallah se décompose ainsi:

  • nassr, qui signifie «la victoire»;
  • Allah, tout le monde connaît: «Dieu» (au passage, pour les chrétiens arabophones, «Dieu» est bien «Allah»; le choix du terme n'est en rien caractéristique de l'Islam, mais seulement de la langue arabe);
  • bref: «nassr allah» se traduit «la victoire de Dieu». (J'écarte ici l'éthymologie du prénom «hassan», qui s'écrit de la même façon que le verbe «hassana», «il a bien fait».)
Et quel est le slogan de la manifestation de vendredi dernier? «La victoire divine» en français, «the devine victory» en anglais, «nassr min allah» en arabe. C'est exactement ce qui est affiché derrière hassan «nassr allah» sur la photo. Pour ceux qui ont du mal avec les jeux de mot, je vous ai fait un petit panneau explicatif:

(«min» est plus fort que le «de» français; dans ce contexte, le terme signifie «qui vient de» ou «donné par», d'où la traduction «victoire divine».)

«nassr allah», «nassr min allah»... n'est-ce pas que c'est bien trouvé?

Accessoirement, Michel Aoun apportant son soutien à Nasrallah, sachez que «Aoun» signifie «l'aide». Le Courant patriotique libre devrait faire imprimer des portraits d'Aoun titrés: «l'aide à la victoire divine» (aoun li nassr allah). En même temps, faudrait voir à pas trop blasphémer.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Nassr Allah et Nassr min Allah, joliment trouvé ? Je ne pense pas Nidal qu'il y ait jeu de mots. Accordons leur le bénéfice de communiquer en fonction de leur foi. Tabler sur un tel jeu de mot serait mal vu du point de vue musulman. Si ce sont des croyants qui accordent de l'importance aux mots et surtout avec des mots pareils, ils ne le feront pas. Mon commentaire n'a rien de celui du crédule, c'est juste pour signaler que le contexte religieux ne le permet pas.

mary a dit…

1- En arabe, l’annexion logique (ou de dépendance) est l’équivalent du nom et du complément du nom. Chaque annexion est composée du 1er terme qui est complété et défini par le deuxième terme et cela sans recourir à une préposition –ce qui est le cas en français.
Donc pour chaque arabophone, Nassr allah signifie : la victoire de Dieu.
2- pour le sens de hassan, Nidal, vous dîtes que c’est le verbe hassana (il a bien fait) il me semble que c’est plutôt le quadrilitère : Ahssana (bien faire…), la racine étant H S N à un rapport avec le houssn = la beauté, et enfin le verbe hassouna = embellir, passage d’un état à un autre.
Revenons au slogan, les musulmans évoquent souvent Dieu, sa gloire, sa victoire, en tant que groupe(parti) ou individu. Il s’agit donc d’une belle coïncidence et le chef du parti de Dieu l’exploite ce qui est légitime.
Et pour conclure je dirai : an-nassr li-‘adl ardane = Que la justice l’emporte sur terre.
Quant à l’au-delà , chacun se débrouillera avec Dieu comme il peut.
P.S si Allah/ Dieu existe !

Anonyme a dit…

"Ni jaune ni vert" écrivez-vous; je crois pourtant voir du vert (et non pas du gris) en plus du rouge et du blanc, autrement dit les trois couleurs du drapeau libanais (ce qui confirmerait au reste ce que vous dites: l'intention n'est pas de s'adresser aux partisans d'un parti, mais à l'ensemble des Libanais toutes tendances et confessions confondues).
Cordialement

Mon Liban a dit…

lol, j'aime encore assez bien ce genre de parenthèse, ça détend l'atmosphère tout en restant instructif.
Bravo Nidal

Bassem a dit…

Deux remarques :
La première pour rebondir sur ce que dit Nidal : le thème graphique, non seulement, ne reprend pas les couleurs de l'islam, mais il reprend les 3 couleurs du drapeau libanais, ce qui est lourd de sens
La deuxième pour faire suiite au commentaire anonyme : Nasrallah va très loin pour un "religieux" musulman shiite dans certains commentaires notamment lorsqu'en juillet ou août à il a indiqué que les juifs étaient des tueurs de prophètes (n'allait pas dire que je reprend son slogan, je ne fais que le citer de mémoire :-). Cela bien évidemment en vue d'attitrer vers lui les chrétiens qui ont des oreilles pour écouter et éventuellement entendrre...
A priori en Islam, le Prophète en question n'est pas considéré comme ayant été tué sur la croix, mais on dit qu'on confondît le crucifié avec le Prophète Issa (notre Jésus).
Ainsi Hassan Nasrallah va loin dans ses commentaires et je pense que le jeu de mot est bel et bien réel (sans pour autant être blasphématoire).

Bishara a dit…

une analyse sémiologique qui verse dans le politique... j'aime bien... assez constructif...
Le discours religieux est présent, utilisé à bon-escient dans un but sain...
Chose que les partis du monde arabe n'ont pas encore compris...
On se trouve toujours en face d'une communication fade, des slogans vieux comme le temps...
résultats: pas de partisans, pas de message et encore moins un programme...

Ps: mon premier passage, j'apprécie votre blog ...

tariq a dit…

Bassem,

Juste une precision: il est bien fait mention dans le Coran du fait que les juifs aient tué des prophètes parceque les messages qu'ils leurs apportaient ne leurs plaisaient pas.
Cependant, Jesus( 'issaa)n'est pas concerné car comme vous l'avez dit il a été confondu avec le crucifié.

Salutation.

Anonyme a dit…

Ah, mince, nous on a Chirac (décomposer pour faire un jeu de mot?), Royal (la candidate de gauche), Sarkozy (entre narcotique et sarcophage), Fillon (à prononcer lentement...)...

pas facile du coup...