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11 novembre 2006

Les ventes d'armes israéliennes selon IsraelValley

Billet étonnant sur le site IsraelValley, le site de la Chambre de Commerce France-Iraël (site qui indique que «Le Peuple d'Israël [est] formé de quelques 6 millions d'Israéliens et de 6 millions de Juifs dans le reste du monde» et qui souligne qu'un boycott des produits israéliens nous ramènerait au «Moyen-Âge en termes d'espérance de vie, de médicaments, d'ordinateurs ou de téléphones portables»).

Le titre de ce billet est assez énigmatique: «Le commerce des armes d'Israël: la France facilite involontairement la vie des exportations d'Israël».

L'article rappelle l'importance du marché de ventes d'armes (45 à 55 milliards d'euros par an; je suppose qu'il s'agit du marché «officiel», puisqu'il s'agit d'un chiffre attribué au ministère de la Défense), puis souligne que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France représentent «plus des trois quarts» des exportations.

Le titre étonnant du billet est explicité dans deux passages:

Les israéliens bénéficient du “non” de la France pour certaines exportations car souvent les israéliens fabriquent des armes que la France ne peut pas vendre en raison de la loi.
Tiens donc? De quelle «loi» s'agit-il? De la loi française, des conventions internationales, d'accords bilatéraux entre la France et d'autres pays? Quelles sont ces «lois» qui limitent les ventes françaises et que les Israéliens, eux, s'autorisent à contourner?

Le dernier paragraphe indique:
L’exportation de matériels de guerre est interdite sans l’autorisation expresse de l’Etat français: en 2005, la Commission interministérielle concernée a refusé 76 autorisations, se conformant à des engagements internationaux.
Encore une fois: quels sont ces «engagements internationaux» que la France s'interdit de violer et qui n'embarrassent pas les Israéliens?

La Chambre de commerce France-Israël serait-elle en train de se vanter de ce que, d'ordinaire, on voudrait éviter d'ébruiter, c'est-à-dire qu'un des intérêts stratégiques d'Israël est de permettre de contourner les lois internationales et le contrôle du Congrès américain sur son propre exécutif: par exemple pour soutenir des campagnes de terreur massives en Amérique centrale et coutourner les embargos frappant l'Afrique du Sud, l'Iran ou la Rhodésie. Se vante-t-on des ventes à la Colombie, le Guatémala, l'Uruguay, l'Argentine, le Chili, la Birmanie, Taïwan, le Zaïre, le Libéria, le Congo, la Sierra Léone?

La question, en effet, mériterait une réponse: quels sont les engagements internationaux de la France qui, dans 76 occasions en 2005, ont justifié le refus de la Commission interministérielle, qu'Israël aurait tout loisir de ne pas appliquer. Quelles sont ces situations où les intérêts stratégiques de la France et d'Israël sont si radicalement différents? Pourquoi mettre en avant la facilitation involontaire apportée par les Français, sans évoquer toutes les limitations du Congrès américain que l'implication d'Israël ont permis de contourner?

Au passage, faut-il comprendre que les ventes d'armes françaises sont plus morales que les ventes d'armes israéliennes? Non, je plaisante.

3 commentaires:

ouf a dit…

Nidal, il existe une sorte de "désensibilisation" progressive de l'opinion publique. Exactement comme on désensibilise progressivement un patient allergique, en l'exposant a petites doses a l'allergène en cause, jusqu'a ce que ce dernier ne crée plus d'allergie. C'est effectivement effrayant, cette exposition au grand jour de choses a priori scandaleuses. Nous voila revenu au temps des barbares, a la différence que les armes d'aujourd'hui sont autrement plus destructrices.

Nidal a dit…

Merci pour votre message. Votre emploi du terme «désensibilisation» renvoit à l'article de Gidéo Lévy dans Haaretz, «Écoutez le général Stern», consacré à la «dégringolade morale» des Israéliens:

Quel chemin parcouru depuis les propos sur la «pureté des armes», quelque hypocrites qu’ils aient été, jusqu’à l’effacement complet de cette notion de notre lexique. Quel fameux bout de chemin nous avons fait depuis le temps où nous avions l’habitude de nous glorifier de nous efforcer à ne pas tuer de civils innocents, contrairement aux Arabes, jusqu’aux chiffres effrayants de la guerre au Liban, par exemple: ce n’est pas seulement que le nombre de personnes tuées par Israël est presque dix fois plus élevé que celui des personnes tuées par le Hezbollah, mais que, alors que le Hezbollah a tué trois fois plus de soldats que de civils, Israël a tué environ trois fois plus de civils que de combattants. Dès lors, qui a les armes les plus «pures»? Un journaliste britannique du «Guardian», actuellement en Israël, s’étonnait d’apprendre, en cette fin de semaine, que ces chiffres ne suscitaient pas ici le moindre débat public.

Cédric Poitevin a dit…

Nidal, les ventes d'armes françaises ne sont effectivement pas plus morales que les ventes d'armes israéliennes ; d'ailleurs, la morale n'a pas grand chose à faire là-dedans.
Ceci dit, comme tu poses la question des lois ou règles qui régissent les exportations d'armes de Paris, je te dirais que les Etats de l'UE ont établi un Code de conduite sur les exportations d'armement (actuellement non contraignant sauf en Belgique). Selon ce Code, lorsqu'un Etat européen étudie une demande d'exportation de l'industrie de l'armement, il la passe au crible de huit critères (respect des droits humains dans le pays importateur, stabilité de ce pays, stabilité régionale, risque de réexportation ou de détournement, etc.) et puis, il décide de son bien fondé et l'accepte ou pas.
Entendons-nous bien, cela n'empêche pas les Etats européens d'envoyer un grand nombre d'armes dans des pays très sensibles ou de violer les embargos qu'ils s'imposent eux-mêmes comme dans le cas de la Chine.
C'est juste un Code non contraignant mais qui devrait devenir dans les années à venir une position commune. Si ce type d'instrument semble, pour un observateur extérieur, être le minimum que l'on puisse réclamer des Etats, il s'agit pourtant d'une avancée de l'UE en la matière par rapport à quantité d'autres pays (après, c'est toujours l'histoire du verre est à moitié plein ou à moitié vide...).
Cela fait toutefois une différence avec la politique d'exportation israélienne.

Pour en savoir un peu plus que ce que les rares articles de presse sur la question disent, je te signale en passant que la France sort chaque année un rapport annuel public
et que l'UE fait de même.
De nouveau, ce n'est pas la panacée mais ca a le mérite d'exister.
Pour tout citoyen intéressé par les agissements de son pays, il me semble que cette question des exportations d'armement devrait occuper une place importante dans sa réflexion politique et, en ce temps de pré-début de commencement de campagne électorale en France, être un sujet d'interpellation des représentants politiques.