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11 mai 2008

Que s'est-il passé à Tripoli?

Dimanche matin, partout la même dépêche répugnante d'Omar Ibrahim de l'AFP. Le genre de «source» qui permet ensuite à Mouna Naïm de raconter rigoureusement n'importe quoi dans Le Monde. On ne sait pas qui se bat, qui a déclenché les affrontements et pourquoi.

Pourtant, malgré le manque d'informations, il semble assez clair que depuis hier les milices de Hariri et de Joumblatt se livrent à de sordides actes de vengeance, essentiellement autour de Tripoli, dans des proportions inquiétantes:

  • selon Al-Manar, un bus d'ouvriers syriens a été intercepté sur l'autostrade par des miliciens Hariri, qui les ont ensuite exécutés: 3 morts, une vingtaine de blessés graves;
  • deux partisans de Talal Arslan, un leader druze de l’opposition, ont été tués, et deux autres blessés;
  • 3 membres du Hezbollah kidnappés, deux d'entre eux exécutés par les troupes de Joumblatt,
  • 9 membres du PSNS lynchés;
  • toute la journée à Tripoli, des saccages et des incendies de bureaux des partis d'opposition et la destruction des domiciles privés. Ces exactions ont été filmées et, par exemple, montées sur les sites aounistes.
Très difficile malheureusement de trouver des informations plus précises, l'AFP et Reuters se livrant depuis le début des événements à une vaste campagne d'enfumage.

Il circule beaucoup de rumeurs sur ces exactions, qui auraient pu être (selon ces rumeurs, encore une fois) accompagnées d'actes absolument sordides. J'ai entendu parler de torture, blessés achevés à l'hôpital, démembrement de cadavres. Se méfier de ce genre d'infos, mais ce genre de choses circule, ça ne calme pas les esprits.

Le fond de commerce du Haririsme politique: le gars avec un chapeau rond m'a tout l'air d'être un religieux, il tient en main ce qui ressemble à une Kalashnikov, et derrière lui un type brandit un portrait de Saddam Hussein. Ces pauvres gens croient-ils réellement qu'ils vont terminer à Tripoli la «fitna» qui aurait commencé à Bagdad? (Gaffe à la force des images...)

À l'heure actuelle (11:30 à Paris), aucune info ne précise quelle a été l'issue des combats à Tripoli.

5 commentaires:

Asher Gutkind a dit…

Il est vrai que, à lire la journaliste du Monde, après une série d'approximations très restreinte (car a vous lire, il y aurait bien plus de grabuges que ce qui est mentionné- et c'est évidemment beaucoup plus compréhensible), on nous offre un petit bilan, c'est toujours cela de pris, on aime toujours les chiffres, même incertains et provisoires (donc qui ne servent pas beaucoup- essayez d'imaginer ce que ferait un historien de ces chiffres), on nous inflige enfin un cocktail incompréhensible de Ligue Arabe qui va se retrouver bientôt en réunion extraordinaire; accompagné gentilment d'une piqûre de rappel de géopolitique régionale; des propos d'un porte-parole des affaires étrangères iraniennes dont on ne comprend pas du tout ce que cela fait là; enfin d'une déclaration du pape tout à fait gentille (pour une lecture confessionaliste de la politique-guerre libanaise, serait-ce une invitation à pencher insidieusement du côté des "chrétiens": décidément, on a mauvais esprit); ne manquait plus qu'une petite déclaration de Bsh, et puis, tricolore oblige, de Sarkozy, ou de Kouchner, qui ne manqueront pas de venir, voyons, chacun son tour.
Mais où diable peut-on comprendre quelque chose avec un tel article.
Que Mouna Naïm soit partisane de la "majorité au pouvoir à Beyrouth", soit, c'est son droit, mais qu'elle nous permette de comprendre quelque chose à ce qu'elle écrit. On comprend que la hâte pour clore l'édition, pour "avoir à dire" quelque chose soit pressante, que la difficulté de raconter lorsque soi-même on ne comprend pas soit retorse, mais alors allier à la cause de sont billet la Ligue arabe, le président Lahoude, les iraniens et le Pape, c'est vraiment ce qu'on peut appeler littéralement du "cirque médiatique". Même si je crois qu'on est un peu dur avec ces pauvres esclaves de la copie que sont ces remplisseurs d'épreuves à la chaîne, il est vrai que devant l'exigeance du vrai récit, c'est frustrant, et ême légèrement énervant de subir pour "s'informer" de si pâles copies du vrai.
Mais, comme disait l'autre, "seule la vérité est révolutionnaire", et de nos jours, nous sommes plutôt contre-révolutionnaires, ainsi en va le statut de notre "vérité" postmoderne et rapide.

Salam a dit…

Le pire c'est le message de France Info, tout au long de la matinée "Les combats à Tripoli entre le Hezbollah et les forces gouvernementales"?

déjà à Tripoli il n'y a pas de Hezbollah du tout,
et les "Forces gouvernementales" pour ceux qui ne connaissent pas, ce n'est pas l'armée ou la police, mais les miliciens du courant du future...

ça dépasse la désinformation, c'est du mensonge...

salam

jicé a dit…

D'abord merci pour la qualité des analyses et des informations relayées; on souffre énormément des simplifications outrancières des médias, dont forcément on finit par penser qu'elles sont rien moins qu'accidentelles.

Et merci à Salam pour sa réaction à proposde France-info, je me sens moins seul dans mes indignations.

Ibn Kafka a dit…

Mouna Naïm est-elle libanaise?

Sinon, on peut souligner la façon particulière dont la presse présente l'intervention de l'armée - difficile de comprendre la bienveillance dont a fait preuve l'armée envers l'opposition - ainsi que l'absence totale de rappel du calendrier des événements de ces derniers mois, et du langage extrémement violent d'un Joumblatt.

Par ailleurs, une bonne analyse ici: "This is what I have to say about the latest series of political speeches in Lebanon: Nasrallah speaks as if there is no future, but Jumblat, Hariri and Sanioura speak as if there is no past" - ici: http://landandpeople.blogspot.com/2008/05/time-zones.html .

PS: Nidal, aurais-tu des références des discours guerriers de Joumblatt de ces dernières semaines, notamment celui où il parle de missiles ("vous voulez des missiles? Nous vous donnerons des missiles") - je compte faire un post dessus mais ne trouve rien hormis des citations wikipedia sans références.

Nidal a dit…

Oui, Ibn Kafka, Mouna Naïm est libanaise. Elle est la sœur de Fouad Naïm, PDG de Radio Orient en France – propriété de la famille Hariri (Fouad Naïm est par ailleurs un homme très mesuré, peintre à ses heures, marié à l'actrice Nidal Ashkar).

Mes amis libanais me soutiennent qu'elle n'est «pas méchante», simplement «elle ne comprend rien à la politique». Tournure typiquement libanaise...

Difficile de toute façon de trouver des «correspondants» sérieux quand même Robert Fisk est illisible quand il parle de ses «amis» Hariri et Joumblatt, et qu'un Franklin Lamb dit de Michael Young qu'il est «un des meilleurs analystes politiques du Liban».

Quant au cadre d'analyse des médias français, il a été parfaitement balisé par les «analystes libanais» aux ordres, Antoine Basbous et Antoine Sfeir, que les journalistes français, malgré des énormités qui auraient dû définitivement les discrétiter, considèrent encore comme des analystes sérieux.

De l'autre côté, il nous reste Angry Arab, en attendant parfois une analyse de Fawwaz Traboulsi. Sans perdre de vue que leur finesse d'analyse ne les pas empêchés, en 1975, de se lancer avec leur mouvement (Organisation d'action communiste) dans une guerre qui ne fut rien d'autre qu'ingagnable et catastrophique. La guerre 1975-1977 a quasiment détruit le féodalisme (c'était leur but principal); mais il a été remplacé par le confessionnalisme, encore pire. (Ca n'est pas un méchant jugement de valeur de ma part; simplement ça me rappelle en permanence que l'exaltation est ici dangereuse et que, comme je me le répète régulièrement, ça n'est pas moi, étranger au Liban, qui paierai le prix de cette exaltation.)

Reste pour les francophones le trop rare Georges Corm, qu'il faut toujours relire pour garder la tête froide.