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02 janvier 2007

L'Amérique financerait de vieux amis syriens

On peut lire le paragraphe suivant au détour d'un article d'Adam Zagorin évoquant la fuite d'un document selon lequel l'administration Bush se prépare à «subventionner» l'opposition syrienne (en contournant – peut-être? – les contrôles auxquels l'administration américaine est soumise en matière d'actions spéciales). C'était dans Time Magazine le 19 décembre: «La Syrie dans le colimateur de Bush».

Le document indique qu'une partie de l'opération passerait par une fondation gérée par Amar Abdulhamid, membre basé à Washington d'un groupe chapeautant l'opposition syrienne connu sous le nom de Front de salut national (National Salvation Front, NSF). Le Front comprend, dans ses rangs, les Frères musulmans, une organisation islamiste qui a prêché pendant des décennies le renversement violent du gouvernement syrien, mais qui dit désormais vouloir une réforme démocratique et pacifique. (En Syrie, cependant, l'appartenance à la Fraternité est toujous passible de la peine de mort.) Un autre membre du Front est Abdel Halim Khaddam, ancien officiel syrien de haut rang et loyaliste de la famille Assad qui est récemment parti en exil après un clash politique avec le régime. Des représentants du Front de salut national, dont Abdulhamid, ont été reçus en audience par deux fois en début d'année à la Maison blanche, laquelle a décrit ces rencontre comme exploratoires. Depuis, le Front a annoncé son intention d'ouvrir prochainement un bureau à Washington.
(J'ai évoqué dans mon article sur la Mafiocratie libanaise les liens entre Abdel Halim Khaddam et le clan Hariri.) La BBC résume l'évidence:
En 1984, M. Khaddam a été promu vice-président, et a œuvré à conforter la domination de la Syrie sur le Liban.

Il était perçu comme l'architecte de la politique syrienne controversée de présence militaire et de domination politique sur Beyrouth.
Revenons à l'article de Time Magazine pour cette sympathique précision:
Cependant, pour rendre le plan d'«accompagnement de l'élection» en Syrie efficace, la proposition indique clairement que l'effort américain devra être caché: «Toute information concernant le financement de policiens [syriens] pour l'accompagnement des élections devrait être protégé de toute divulgation publique», indique le document.
Un plan – qui se définit lui-même comme secret – pour financer Abdel Halim Khaddam et les Frères musulmans en Syrie, ça doit être pour cela que la politique américaine est tellement appréciée au Moyen-Orient.

On pourrait cependant voir un intérêt assez pratique à cette fuite, l'article expliquant lui-même:
Toute tentative conduite par les américains de mener un tel effort d'accompagnement de l'élection pourrait rendre le dialogue entre Washington et Damas – tel que celui proposé par l'Iraq Study Group et plusieurs alliés des États-Unis – difficile ou impossible.
C'est donc un article relevant de ce style journalistique assez particulier: la parole performative. J'annonce que la révélation d'une «fuite» rendrait impossible un dialogue avec Damas, j'effectue dans le même temps la révélation de cette «fuite» et – miracle! – cette révélation interfère avec toute possibilité de dialogue avec Damas.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Quelle révélation extraordinaire !

Qu'entends-je ? Les USA financerait l'opposition syrienne !?

Je suis bouche-bée par une telle qualité d'informations de ce blog.

Et puis la conclusion, fidèle à elle-même..."cela empêche tout dialogue avec la Syrie"...Zut alors !

mais je serais un pays démocratique, peu importe lequel, je refuserais de dialoguer avec une bande de criminels avide du Liban.

Nidal a dit…

Bonjour Anonyme,

Vos interventions sont toujours épatantes...

Bon, je sais encore me relire: le sujet de ce billet, ainsi que les extraits indiqués ici, ça n'est pas une «opposition syrienne» en général, c'est Khaddam et les frères musulmans.

je refuserais de dialoguer avec une bande de criminels avide du Liban.

Oui, c'est cela... Donc on «dialogue» (quitte à le «subventionner») le démocrate Khaddam, symbole même de la tutelle syrienne au Liban.

Anonyme a dit…

Et cela vous choque les US file un petit billet à Khaddam ?

Et cela implique t-il nécessairement, à contrario, un soutien implicite ou explicite au régime de Damas ?

Pour résumer, soutien ou pas soutien à Khaddam (qui fort heureusement à senti le vent tourner et n'est pas resté pour qu'on le suicide dans son bureau hein ?) rien ne justifie un dialogue avec un régime aussi fétide que celui de Damas.

Byblos a dit…

J'avais 12 ou 13 ans. À l'école, un de mes camarades de classe aurait été totalement insignifiant. Avec son allure un peu voûtée, sa tête enfoncée dans ses épaules, ses traits quelconques, sa peau terne, son regard torve, on aurait pu le confondre avec les murs.

Pourtant, il avait une façon bien personnelle d'attirer l'attention : toutes les fois qu'on passait devant lui, le plus souvent sans même le voir, il allongeait vivement la main, nous griffait dans la nuque, et s'enfuyait à toute allure.

Étrange comme «anonyme» me fait penser à ce sombre personnage de mon enfance.