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12 décembre 2006

Témoignage: le pouvoir du peuple à la mode libanaise

Hier, la couverture par les médias occidentaux de l'immense manifestation de dimanche était pour le moins... déprimante. Et sans doute un peu déprimée.

Heureusement, l'envoyé de Reuters sur place, Crispian Balmer, a livré un témoignage contrastant avec la vulgate habituelle. Je vous livre une traduction de son article, «Witness – People power Lebanese style», sorti aujourd'hui.

TÉMOIGNAGE – Le pouvoir du peuple à la mode libanaise
par Crispian Balmer

Beyrouth, 12 décembre (Reuters) – L'art de décompter les manifestants est peut-être une discipline mathématique dans certains pays, mais pas au Liban, où il ressort souvent de l'exercice politique.

Les organisateurs gonflent régulièrement la taille de leurs manifestations, prétendant que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, alors qu'en réalité seulement une petite partie de ce chiffre s'est déplacée.

Mais personne n'a nié l'ampleur énorme de la manifestation anti-gouvernementale de dimanche organisée par le parti chiite Hezbollah et ses alliés disparates, manifestation qui a emplit le centre de Beyrouth d'un véritable ras-de-marée humain.

«Il y a trop de monde pour qu'on puisse les compter», a reconnu une source sécuritaire, qui souhaite ne pas être identifiée, car le sujet est politiquement sensible. «C'est la plus grande manifestation qu'on ait jamais vue au Liban.»

En tant que correspondant de Reuters, j'ai couvert d'innombrables manifestations à travers le monde, de petits sit-ins aux émeutes anti-mondialisation, de rassemblements contre la guerre à des grèves syndicales.

Mais celle de dimanche était peut-être la mobilisation la plus emplie d'énergie et d'enthouiasme, la plus colorée et animée que j'ai jamais vue.

Frappant sur des tambours, agitant des drapeaux et chantant des slogans, l'armée des partisans du Hezbollah a défilé dans Beyrouth pendant des heures, vidant de leur population les villages et les faubourgs déshérités récemment détruits par la guerre de trente-quatre jours qu'Israël a menée contre les places fortes chiites et qui a dans le même temps provoqué beaucoup de destructions dans le nord d'Israël.

Dans une de ces nombreuses ironies de la politique libanaise, on trouvait dans la foule, coude à coude avec le Hezbollah pro-syrien, des partisans du leader chrétien Michel Aoun, un ancien général qui avait déclenché une guerre désastreuse contre les troupes syriennes.

Des filles chiites portant le tchador à la mode iranienne, qui couvre tout le corps de noir, à l'exception de leur visage, se pressaient aux côtés d'adolescentes chrétiennes en jean et t-shirt moulants.

Quel que soit sa foi ou son parti, chaque manifestant agitait au moins un drapeau libanais, rouge et blanc, frappé du symbole national du cèdre vert – jamais le cliché journalistique de «forêt de drapeaux» n'a été aussi pertinent.

Les raisons d'espérer

Des oiseaux de mauvaise augure ont prévenu que la crise politique, décrite à gros traits comme l'affrontement entre la communauté la plus pauvre, les chiites, contre l'élite sunnite au pouvoir, pourrait déboucher sur une nouvelle guerre civile.

Les stigmates de la guerre civile de 1975-1990 sont toujours nombreux à Beyrouth, avec des immeubles de logement criblés d'éclats d'obus, une église éventrée et un cinéma détruit, donnant un décor inquiétant à la manifestation.

Mais l'ambiance de carnaval de la manifestation semble devoir faire mentir ceux qui craignent qu'un conflit est imminent.

Il n'y avait rien de la colère palpitante que j'ai vue lorsque l'Albanie s'est effondrée en 1997, rien des courants violents qui parcouraient les manifestations anti-mondialisation en Italie, rien de l'inquiétude chargée de testostérone de certains affrontements sociaux en France.

Vu le nombre de manifestants, l'efficacité du discret service de sécurité a été remarquable.

Des soldats protégeaient les bâtiments du gouvernement, mais il n'y avait pas de policiers parmi la foule. À la place, des volontaires du Hezbollah contrôlaient les sacs, canalisaient les flux de manifestants et fouillaient les inconnus pour vérifier que personne n'essayait d'amener des armes.

Si l'estimation du Hezbollah de deux millions de personnes est clairement exagérée, des observateurs plus neutres ont avancé le chiffre d'un demi-million de manifestants – à rapporter à la population totale libanaise d'environ 4 millions d'habitants.

Malgré ces chiffres énormes, aucun incident n'a été rapporté. Au contraire, à la tombée de la nuit, on a allumé des feux de camp, les jeunes ont dansé en rondes tournant lentement, les hauts-parleurs ont diffusé des chants nationalistes et la foule est lentement retournée à la maison.

Mais l'histoire a montré que quiconque souhaitant créer des troubles au Liban y trouvera un terreau fertile parmi sa myriade de groupes religieux, et je me suis mis à me demander combien de temps ce mouvement pourrait continuer avant que des troubles n'apparaissent.

Certains discours tenus à la tribune pourraient sembler pousser au crime à des observateurs extérieurs, mais ils relèvent de l'exercice de style habituel au Moyen-Orient, et ils sont à peine plus enflammés que le discours ambiant.

À un moment donné, la foule a chanté: «Mort à l'Amérique, mort à Israël». Mais, bien que je sois clairement occidental, on ne m'a adressé que des sourires et des témoignages sincères de «bienvenue».

Et au cas où quelques jeunes excités auraient été tentés par la violence, quelqu'un avait affiché des photographies en noir et blanc de la guerre civile, montrant des hommes en tenue de combat tirant au fusil, des immeubles détruits, des femmes en pleurs et des cadavres dans les rues.

«Nous affichons ces photos pour rappeler au gens ce qui arrive pendant une guerre civile et pour les prévenir des conséquences de la guerre. Personne ne serait assez stupide pour suivre ce chemin, n'est-ce pas?» m'a expliqué Fady Yazbeck, un ingénieur de 23 ans.

Principe médiatique: ne jamais parler des encombrants amis français des Gemayel


C'est une de ces minuscules informations dont la presse préfère ne pas accabler ses lecteurs. D'une part, parce qu'on manque de place. D'autre part, parce que ça ne cadre pas avec le joyeux monde de Oui-Oui au Pays des Libanais que l'éditorialiste a décrit à ses lecteurs en première page.

Avec l'aide de Google News, je peux vous confirmer que rigoureusement aucun média occidental n'a repris cette information. À ma connaissance, seul L'Orient-le Jour l'évoque d'une phrase au détour d'un article traitant d'un autre sujet (la calendrier chargé d'Amine Gemayel). [Angry Arab reprend l'info, mais se focalise sur le Front national en général et omet d'indiquer qui est Thibault de la Tocnaye.]

C'est pourtant intéressant: hier, Amine Gemayel a reçu les condoléances du président du Front national (français) Jean-Marie Le Pen, par l'intermédiaire de Thibault de la Tocnaye, qui dirige depuis octobre le bureau des «Affaire étrangères» du Front national. Tout ce que vous pourrez en lire tient dans cette phrase (L'Orient-Le Jour):

M. Gemayel a, par ailleurs, reçu Thibault de la Tocnaye, membre du bureau politique du Front national, qui lui a transmis les condoléances du président du FN, Jean-Marie Le Pen.
Le Pen avait déjà transmis par communiqué de presse ses condoléances à la famille Gemayel, comme l'avait signalé Ibn Kakfa.

La rencontre hier entre Amine Gemayel et Thibault de la Tocnaye est nettement plus intéressante: l'homme n'est pas un inconnu au Liban et, pour les Gemayel, c'est un vieil ami de la famille.

Il est le co-fondateur de Chrétienté-Solidarité, lobby national-catholique français. Né en Algérie, fils d'Alain Bougrenet de la Tocnaye, membre de l'OAS condamné à mort (peine commuée en condamnation à vie) pour sa participation avec Marcel Prevost et Bastien-Thiry à l'attentat du Petit Clamart contre de Gaulle en 1962, Thibault est un dur de dur. Chrétienté-Solidarité est la vitrine politique du Centre Henri et André Charlier, fondé par Bernard Antony dans la ligne des idées de Charles Maurras. Chrétienté-Solidarité fournit de l'aide (et des paramilitaires) pour soutenir les mouvements «chrétiens» et anti-communistes dans des régions comme la Croatie, le Nicaragua, la Pologne, l'Indochine et le Liban.

À ce titre, Thibault de Bougrenet de la Tocnaye s'est engagé comme mercenaire en Croatie, et avec les Contras au Nicaragua. Côté mondanités, il représentait en 2002 la France à la commémoration des phalanges franquistes organisée à Madrid par Blas Piñar.

Dans les années 70, avec Jacques Arnould et Francis Bergeron, il s'engage au Liban pour combatttre aux côtés des Forces libanaises de Samir Geagea et Bachir Gemayel. Il raconte son passé de mercenaire du christianisme dans Les peuples rebelles; itinéraire d'un Français aux côtés des combattants de la liberté.

Lorsque Geagea était en prison, ses avocats étaient Jean-Baptiste Biaggi, président d'honneur du Comité Clovis, fondé par Bernard Antony, Wallerand de Saint-Just, conseiller régional FN de Picardie, membre du comité central du FN, et François Patrimonio. Tous trois sont des avocats de l'AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne), autre création de Bernard Antony, association bien connue pour ses procès contre le «racisme anti-Français».

Le Mouvement du 14 Mars remercie donc la presse française d'avoir évité, à l'occasion de cette rencontre, de rappeler la proximité idéologique et les réseaux qui lient les fanatiques de l'extrême-droite européenne et la composante qui sert d'alibi chrétien au gouvernement Saniora.

PS. Pour être complet, je dois indiquer que, la même journée, Amine Gemayel a également reçu les condoléances de délégués de l'Internationale Socialiste. C'est totalement anecdotique, puisque Ségolène Royale (le PS français est membre de l'IS) s'est déjà dépêchée auprès d'Amine Gemayel, et que Walid Joumblatt s'est exprimé dès l'assassinat (le PSP est membre de l'IS). Je signale au passage que le parti travailliste israélien de Shimon Peres est également membre de l'Internationale socialiste. Et le Meretz-Yachad. Et le Fatah, aussi.

09 décembre 2006

Un ministre du gouvernement Saniora impliqué dans une affaire anglo-saoudienne de corruption sur des ventes d'armes

«Un milliardaire libanais est entraîné dans l'enquête sur les ventes d'armes en tant que “second intermédiaire des Saoudiens”», révèlait le quotidien britannique The Guardian, la semaine dernière.

Il me semble important de signaler que ce «milliardaire» est l'actuel ministre des transports et des travaux publics du gouvernement Saniora. Un trafic avec les Saoudiens, vous avez déjà deviné qu'il s'agit d'un membre éminent du Courant du Futur de Hariri.

Il est également intéressant de savoir que Jacques Chirac lui a fait remettre les insignes de la Légion d'Honneur l'année dernière. (Je trouve cette histoire caricaturale...)

Voici une traduction de l'article du Guardian.

Un milliardaire libanais est entraîné dans l'enquête sur les ventes d'armes en tant que «second intermédiaire des Saoudiens»

David Leigh, Rob Evans et Ewen MacAskill
dimanche 2 décembre 2006

Le nom d'un autre milliardaire intermédiaire des Saoudiens est apparu hier soir dans l'enquête du Bureau des fraudes graves (Serious Fraud Office, SFO) sur des ventes d'armes controversées aux Saoudiens. Le SFO cherche des informations sur tout compte bancaire suisse appartenant à Mohammad Safadi, un homme politique libanais qui est intervenu pour des proches du Prince Sultan, le prince héritier d'Arabie Saoudite.

M. Safadi n'a pas souhaité commenter hier depuis son bureau de Beyrouth, où il occupe le poste de ministre des travaux publics et gère le groupe Safadi. Sa société d'investissement a reçu des contrats de l'entreprise d'armement anglaise BAE et possède des investissements dans des immeubles de bureaux à Londres estimés à 120 millions de livres britanniques.

Ce récent développement de l'enquête internationale intervient après l'annonce que le SFO cherche à obtenir l'accès aux comptes suisses liés au riche intermédiaire en armement installé à Londres, Wafic Said, qui a agit pour les fils du Prince Sultan, Bandar et Khalid.

Ni M. Safadi ni M. Said ne sont eux-mêmes les cibles des enquêtes pour corruption menées par le SFO. Mais les enquêteurs veulent accéder à leurs comptes bancaires pour voir si BAE a fait transiter des fonds secrets à destination d'officiels saoudiens à travers eux. Ce qui pourrait constituer une infraction criminelle pour les dirigeants de BAE.

Depuis que le SFO s'est rapproché des autorités suisses avec des détails sur les comptes offshore sur lesquels il souhaite enquêter, une tempête politique souffle sur la Grande Bretagne, le directeur général de BAE, Mike Turner, prévenant que les Saoudiens pourraient annuler leur gros contrat d'armement avec BAE et le donner aux Français, à moins que l'enquête de la police soient interrompue.

Les rumeurs sur le fait que les Saoudiens auraient soumis à Tony Blair un ultimatum de 10 jours pour stopper l'enquête de la police n'ont été confirmée par personne hier soir. L'ambassadeur d'Arabie Saoudite a déclaré que ces allégations étaient «la resucée d'une vieille histoire». À Paris, où le fils du Prince Sultan, Bandar, a rencontré Jacques Chirac il y a une semaine pour une discussion privée, les Français ont déclaré qu'ils ne cherchaient pas à arracher le contrat de 6 milliards de livres britanniques, pour 72 avions Eurofighter, aux Anglais. Un officiel français a expliqué: «Il n'y a pas d'initiative de la part du ministère de la défense pour promouvoir le Rafale [l'avion de chasse français]. Nous n'essayons rien pour vendre le Rafale [aux Saoudiens]. C'est un contrat anglais.» Mais des sources dans l'industrie soutiennent que la France a fait du lobbying pour un contrat différent et est un concurrent de longue date des Anglais.

Hier soir, l'avocat général, Lord Goldsmith, a déclaré qu'il n'avait pas l'intention d'interférer avec l'enquête, à la suite de discussions avec le directeur du SFO, Robert Wardle. Un porte-parole a indiqué: «Son opinion générale est qu'il ne faut en aucun cas interrompre des poursuites pour des raisons politiques.»

Le SFO a expliqué qu'il travaillait «aussi rapidement que les circonstances le permettent». Des avocats familiers de telles affaires soulignent que de nombreux délais sont causés par la longueur des procédures suisses, avant que ceux-ci n'acceptent d'ouvrir des comptes bancaires, par tradition hautement secrets.

Des sources à Westminster expliquent que BAE a entravé l'affaire pendant plusieurs mois en refusant de dévoiler des fichiers de paiements aux agents, et en faisant intervenir des pressions politiques pour empêcher SFO de recourir à ses pouvoirs de contrainte pour obtenir les informations. Un porte-parole du SFO a expliqué: «Notre travail consiste à nous concentrer sur les enquêtes, et à le faire aussi complètement et aussi rapidement que les circonstances le permettent. Si des preuves indiquent qu'il y a de quoi poursuivre, nous présentons l'affaire devenant la justice.»

Hier soir, les militants contre les ventes d'armes ont accusé BAE d'exagérer l'impact sur les emplois en Angleterre si ce contrat était perdu. Nicholas Gilby, de l'association Campagne contre les ventes d'armes, a expliqué: «Le propre rapport d'Eurofighter indique qu'il y a au mieux 11500 emplois dépendant des exportations vers l'Arabie Saoudite dans toute l'Europe, et certainement 4500 en Grande-Bretagne.»

L'enquête du SFO, qui a commencé lorsque le Guardian a obtenu des documents en 2003 suggérant que BAE avait une caisse noire de 60 millions de livres britanniques destinées à corrompre les généraux saoudiens, s'est développée pour couvrir aujourd'hui des paiements occultes de BAE dans une demi-douzaine de pays, pour un total supposé de plus d'un milliard de livres.

Un témoin potentiel, qui a été interrogé par le SFO, a déclaré au Guardian: «Ils m'ont interrogé sur le rôle de M. Safadi. Je leur ai expliqué que son entreprise britannique, Jones Consultants, avait payé des factures pour le Prince Turki bin Nasser, cherf des forces aériennes saoudiennes.»

BAE a refusé de commenter les dernières révélations, ajoutant: «BAE Systems n'est pas en train d'entraver l'enquête de SFO d'une quelconque façon, et continue à pleinement coopérer avec l'enquête du SFO.»

08 décembre 2006

Le commentaire d'Angry Arab sur le discours de Nasrallah

As‘ad Abukhalil est universitaire aux États-Unis, libanais et auteur du blog en anglais Angry Arab (un arabe en colère). Il publie plusieurs billets très courts chaque jour, qui constituent essentiellement une revue de presse accompagnée de brefs commentaires très sarcastiques.

Très à gauche et laïc, extrêmement opposé au gouvernement Saniora, c'est un commentateur vachard (et souvent expéditif) des événements. Son site est un rendez-vous quotidien pour suivre l'actualité du Proche-Orient.

Il a livré ce matin un billet inhabituellement long, assez peu structuré mais très intéressant, sur le discours d'hier de Hassan Nasrallah. Discours qui n'a pas manqué de frapper par la force des accusations portées; un échelon dans l'affrontement politique a sans doute été franchi. Voici une traduction du billet de As‘ad Abukhalil, c'est un point de vue radicalement différent de ce que vous pourrez lire ou entendre dans les médias français.

Les gens m'ont demandé – et ma sœur m'a poussé à le faire – d'écrire quelque chose sur le discours de Nasrallah. Je ne l'ai pas suivi dans son intégralité. Je suis sur la route, aussi j'ai regardé des extraits sur New TV. Puis j'ai lu l'intégralité du texte.

J'ai été surpris. Le Hezbollah a décidé de devenir ferme et de forcer les événements face à ses ennemis – qui étaient ses alliés électoraux. C'est lui qui a installé ces mêmes personnes (Hariri et Joumblat) dans la majorité. C'est vrai, il y a des contradictions. Nasrallah a déclaré très clairement qu'il considère Saniora, Joumblat et compagnie comme des alliés d'Israël pendant la guerre – ce qui est évidemment vrai – et cependant il est encore près à former un gouvernement avec eux.

Je pense que l'opposition au Liban devrait se concentrer sur Saniora et d'autres symboles du mouvement du 14 Mars. Mais les exigences de l'opposition sont très limitées: rien n'est dit au sujet de l'un des aspects les plus dangereux de la politique du gouvernement, c'est-à-dire son programme économique terrifiant, qui se situe à la droite de la «campagne de libéralisation» de Pinochet. Il n'a rien dit à ce sujet, mais le Hezbollah a ignoré les questions de justice sociale depuis l'avénement de Rafic Hariri – ou en tout cas depuis son installation par les services secrets syriens.

Nasrallah traite avec habileté – beaucoup d'habileté – la question des tensions confessionnelles. Il ne fait aucun doute que le camp Hariri s'est engagé de façon flagrante sur la voie de l'agitation confessionnelle avec des manières qui sont sans précédent dans l'histoire contemporaine du Liban. Il ne lui reste rien d'autre à faire. Je veux dire: est-ce que vous connaissez qui que ce soit au Liban qui apprécie ou admire sincèrement Fouad Saniora – à l'exception de Samir Khalaf, mais qui se soucie vraiment de Samir Khalaf, cet homme qui pense qu'il n'est pas anti-chiite parce que sa famille avait une servante chiite, comme il me l'a expliqué un jour. Saniora compense son déficit de soutien populaire par l'agitation confesionnelle.

Les manifestations de l'opposition sont plutôt des réussites et sont très bien chorégraphiées. Sous l'angle théâtral, elles sont à mon avis bien meilleures que celles organisées par le mouvement du 14 Mars. Il est étonnant – ou pas du tout étonnant en fait – que les manifestations soient à ce point occultées par les médias occidentaux. Où se trouve le magazine Nation, lui qui ne couvre plus que les manifestations mises en scène et organisées par Saatchi and Saatchi? De plus, le magazine Nation avait aimé l'aspect «glamour» des leaders du mouvement du 14 Mars. Des hommes barbus et des femmes voilées (bien entendu, des dizaines de milliers de manifestants ne le sont pas) dans ces manifestations, cela rebute beaucoup de journalistes occidentaux.

Le plan de l'opposition semble taillée dans le marbre; et le groupe au pouvoir apparaît de plus en plus nerveux. Saniora devient chaque jour de plus en plus vulgaire. Et le disciple de Zarkawi au Liban, le mufti de ‘Akkar, est maintenant le principal soutien de Saniora. Il est également clair que le camp Hariri a tenté dès les premiers jours des manifestations d'entraîner l'opposition dans des affrontements confessionnels. L'opposition a habilement évité ce piège; elle était déterminée à ne pas se laisser entraîner là-dedans. L'alliance entre Aoun et le Hezbollah a sauvé le Liban de tensions et d'affrontements confessionnels supplémentaires, et l'entente a duré plus longtemps que ce à quoi les gens s'attendaient.

Il a été intéressant et positif que Nasrallah n'évoque ni l'Iran ni la Syrie, et qu'il s'oppose même au «wisayah» (tutelle, le terme utilisé pour décrire la domination syrienne sur le Liban) que ce soit de la part «d'amis ou de frères» – une référence habituelle à la Syrie.

L'opposition est par ailleurs parvenue à s'en tenir à des manifestations pacifiques – le mouvement du 14 Mars était violent: il comportait des attaques grossières contre de pauvres ouvriers syriens dans tout le Liban. Chaque assassinat au Liban a été suivi de meurtres ou d'attaques contre des ouvriers syriens.

À un moment – lorsqu'il a évoqué ceux qui avaient poussé les États-Unis à encourager l'attaque israélienne contre le Hezbollah – il faisait référence à Joumblat et Marwan Hamadé, sans cependant les nommer. Cependant, bien que l'opposition ait réussi à attirer des dizaines de milliers de chrétiens, on ne peut nier la division confessionnelle de l'affrontement au Liban. L'immense majorité des sunnites soutient le camp Hariri, tout comme l'immense majorité des chiites soutient le Hezbollah (et, à un moindre niveau, Amal).

Il est positif que Nasrallah ait finalement évoqué la milice Hariri (baptisée Forces de sécurité intérieures). Cela est bien connu des Libanais. Et le 14 Mars sait qu'il ne peut pas compter sur le gouvernement américain au-delà d'un déploiement de rhétorique. Et que peut faire leur allié saoudien pour les sortir de là? Au passage, j'aimerais que le quotidien Al-Akhbar abandonne cette habitude pénible de citer quotidiennement (en l'approuvant) l'ambassadeur d'Arabie Saoudite au Liban.

Du point de vue de la rhétorique politique, c'était un discours bien présenté et délivré avec force. Il avait l'air plus en colère que d'habitude, cela a peut-être plu à la foule qui avait retenu son envie de revanches après le meurtre d'un manifestant désarmé par les alliés de Bush au Liban.

J'ai lu que le roi Abdallah de Jordanie avait apporté son soutien à Saniora: voilà un homme qui n'est même pas soutenu dans son propre pays et qui souhaite distribuer du soutien à l'étranger. N'est-ce pas ironique? Qui cela va-t-il tromper, à part un éditorialiste du Washington Post que la Révolution du Cèdre avait tout excité. Je n'ai pas le temps de voir les commentaires de Friedman, Ignatius et les autres.

Et hier, Joumblat s'est rendu à nouveau à une conférence de socialistes européens. Je veux dire, je n'ai absolument JAMAIS eu le moindre respect pour les socialistes européens (parfois un peu pour les socialistes révolutionnaires), mais n'est-ce pas exemplaire? Les socialistes français célèbrent un chef de guerre confessionnel qui n'est au pouvoir que parce qu'il a hérité du féodalisme médiéval de sa famille. Les socialistes français célèbrent un homme qui presse les Libanais d'accepter la main-mise de la Banque mondiale et du FMI sur leur économie.

Le camp Hariri s'enfonce dans la voie de la guerre civile; espérons que l'opposition continuera à contrecarrer ce plan dangereux.

Mini-zapping: mais où est Hassan Nasrallah?

J'apprécie l'aspect résolument partisan des médias libanais. Ça donne une diversité d'opinions à la télévision libanaise infiniment plus vivante que la prétendue pluralité garantie par le CSA en France.

Hier, pour le discours de Hassan Nasrallah, c'était caricatural. Pour s'autoproclamer défenseurs du camp de la «démocratie», sur Future TV et la LBC, la meilleure solution consiste à faire comme si les manifestations monstre et les discours des personnalités de l'opposition n'avaient aucun intérêt.

Al-Jazeera: diffusion intégrale du discours.

LBC (Europe), chaîne pro-gouvernementale: sketchs d'humour drôle.

Future TV, la chaîne Hariri: émission de divertissement façon Berlusconi.

Pour ceux qui croient que c'est simplement parce que ces chaînes ne perturbent jamais leur grille de programmes de divertissement, il n'y a rien de plus faux; LBC passe chaque semaine une interview d'au moins deux heures de Samir Geagea par May Chidiac, et Future TV fait la même chose avec Saad Hariri, qui par ailleurs anime un talk-show régulier avec Gisèle Khoury sur al-Arabiya. (Oups, les apparences sont trompeuses, on me chuchotte dans l'oreillette qu'il n'est pas co-présentateur avec Gisèle Khoury, officiellement il ne serait que l'invité de ces talk-shows.) J'exagère à peine.

La veille des manifestations, ces deux chaînes avaient passé intégralement la très insipide adresse au peuple libanais de Fouad Saniora, dénonçant les manœuvres de l'opposition, perturbant ainsi la soirée des amateurs de téléfilms égyptiens. Dès le lendemain, ces mêmes chaînes snobaient allègrement les manœuvres de l'opposition dénoncées la veille (ah si, LBC a montré des images de la première manifestation, mais quelques heures avant son démarrage officiel, ce qui permettait d'expliquer qu'il n'y avait pas grand monde...).

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Au passage, un grand bravo à la personne qui choisit les films pour Future TV (la chaîne de The Truth - l'exigence de la vérité). Il y a deux semaines, les téléspectateurs de la chaîne des Hariri ont pu voir, en VO sous-titrée, JFK, d'Oliver Stone, puis Les hommes du Président, d'Alan Pakula. Le premier explique que l'enquête officielle sur l'assassinat de Kennedy a été bidonnée par les autorités américaines. Le second explique que la Maison blanche a menti au peuple américain dans l'affaire du Watergate. Dans les deux cas, le groupe politique dénoncé est le groupe politique qui entoure le président Bush. Le télespectateur est prié de n'en tirer aucune conséquence quant à l'enquête sur la mort de Hariri-père.

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Je profite de ce petit billet pour demander aux lecteurs de bien vouloir me signaler, s'ils le trouvent en ligne, le texte du discours de Nasrallah. Parce que ça n'est encore pas avec Reuters qu'on va être bien informé (la dépêche de Reuters ce matin est scandaleusement nulle: aucune mention du fait que Nasrallah offre les postes de députés revenant au Hezbollah à ses «alliés», et minoration des accusations de trahison extrêmement graves qu'il a portées à l'encontre de membres du gouvernement). Libération: rien. Le Figaro: rien.

En attendant:
[Addition, le même jour, 13h30 heure de Paris] Ça ne s'invente pas. En ce moment, allocution de Fouad Saniora. Voici ce qui passe en ce moment sur les chaînes sus-citées:


06 décembre 2006

Haaretz trouve des traces de Polonium 210 en Israël... en 1957

Voici la deuxième partie d'un article publié aujourd'hui dans Haaretz par Akiva Eldar, le spécialiste des affaires diplomatiques de ce quotidien israélien. J'ai publié dans mon précédent billet une traduction de la première partie du même article, consacré à un sujet différent (la Ligne verte dans les manuels scolaires israéliens)

L'article est curieusement tourné, faisant explicitement un lien avec les événements londoniens tout au long du premier paragraphe, sans pourtant rien raconter d'autre qu'un accident radioactif survenu il y a cinquante ans en Israël. Le livre cité a été publié en janvier 2006 (d'après le site de son éditeur). C'est donc un article à classer dans ce genre très particulier: «Je n'ai rien dit, hein, mais je vous laisse y réfléchir».

On ne conseille pas aux citoyens britanniques qui sont entrés en contact avec l'ancien espion russe Alexandre Litvinenko de s'approcher de trop près du dernier livre de Michael Karpin, «La bombe dans le sous-sol: comment Israël est devenu une puissance nucléaire, et ce que cela signifie pour le Monde» (chez Simon and Schuster). D'un autre côté, le livre est recommandé aux citoyens israéliens préoccupés par l'ambiguïté du gouvernement sur le nucléaire et les dangers d'une fuite radioactive. Karpin révèle dans son livre que le Polonium 210, la substance radioactive utilisée pour tuer Litvinenko, a tué plusieurs scientifiques israéliens il y a quelques décennies. Des scientifiques de l'Institut Weizmann ont été exposés à cette dangereuse substance, que l'on a trouvé à un certain nombre d'endroits à Londres que l'espion décédé avait visités, ainsi que dans trois avions de British Airways qui avaient volé sur la ligne Moscou-Londres.

Selon le livre, une fuite a été découverte en 1957 dans un laboratoire de l'Institut Weizmann contrôlé par la Commission à l'énergie atomique (AEC). Des traces de Polonium 210 furent trouvées sur les mains du professeur Dror Sadeh, un physicien qui faisait des recherches sur les matériaux radioactifs, ainsi que sur plusieurs objets au domicile du professeur. L'AEC a géré l'accident dans le plus grand secret. Après une courte enquête, dont les résultats n'ont pas même été présentés aux personnels, le laboratoire a été scellé hermétiquement pour plusieurs mois.

Un mois après la fermeture du laboratoire, un étudiant en physique est mort d'une leucémie. Quelques années plus tard, le professeur Yehuda Wolfson, le supérieur direct de Sadeh, est lui aussi mort, et le professeur Amos de Shalit, le directeur du département, est mort d'un cancer en 1969 à l'âge de 43 ans.

Quand la fuite a été découverte, Sadeh était terriblement anxieux, mais les tests ont indiqué qu'il était en bonne santé. Mais selon le livre de Karpin, les tests n'ont pas concerné sa moelle. Sadeh et sa femme cachèrent les faits à leur famille et à leurs proches, jusqu'à sa mort prématurée. La cause de son décès était un cancer.

Les autorités israéliennes n'ont jamais reconnu que la fuite et les décès étaient liés, mais des proches de Sadeh ont confirmé que l'État avait pris ses responsabilités dans l'accident et donné une compensation à sa famille.

La Ligne verte, les manuels scolaires et moi

Le sujet étant évoqué aujourd'hui dans un article d'Al-Akhbar, je suis allé chercher sur Haaretz la version originale. L'article d'Akiva Eldar, chroniqueur pour Haarezt des affaires diplomatiques, explique les débats sur l'absence des frontières d'Israël dans les manuels scolaires israéliens. (L'article d'Akiva Eldar propose une seconde partie, qui traite du Polonium en Israël, que je pense vous traduire dans un autre billet.)

Voici donc la traduction de la première partie de l'article de Haaretz, intitulé «Meet the Green Line».

Dans un article publié hier dans Haaretz, Yuval Steinitz, membre de la Knesset issu du Likoud, pointait du doigt les manuels de classe égyptiens comme preuve que ce pays ne cherchaient pas la réconciliation. «La plupart des manuels marquent la zone à l'est de l'Égypte non pas comme “Israël”, mais sous le nom de “Palestine”», a écrit le Dr Steinitz.

Il serait intéressant de savoir comment Steinitz et ses camarades de droite réagiront aux instructions du ministre de l'éducation Yuli Tamir, exigeant que toutes les cartes des nouvelles éditions des manuels scolaires israéliens indiquent la Ligne verte. Tamir explique qu'on ne peut pas exiger de nos voisins arabes qu'ils reconnaissent les frontières de 1967, alors que notre système éducatif les a effacés des manuels et de la conscience des étudiants.

L'utilisation, par les Arabes, des manuels scolaires comme outils de propagande est dénoncé (en trois langue) sur le site des services de renseignement des Forces de défense israéliennes dans une section intitulée «l'industrie de la haine». Le site analyse les manuels distribués par l'Autorité palestinienne. L'auteur y pointe le fait que les cartes ne mentionnent pas le nom d'Israël. Il dénonce que, lorsque la Ligne verte est tracée, Israël et les territoires apparaissent de la même couleur. Ce serait une des «méthodes sophistiquées pour contourner le problème», explique le site. Il insiste en expliquant que cela est conçu pour faciliter la réponse aux critiques accusant ces manuels d'ignorer l'existence d'Israël.

Et comment les Israéliens réagissent-ils à la critique du mépris des manuels israéliens pour l'existence de la Ligne verte? Ils l'ignore. Il y a deux ans, nous avons publié les principaux points de l'étude du Dr Nurit Peled-Elhanan de l'École d'enseignement de l'Université hébraïque [Hebrew University's School of Education]. Peled-Elhanan a étudié le contenu de six manuels scolaires publiés après les accords d'Oslo, dont certains ont été officiellement approuvés par le ministère de l'éducation. D'autres livres ont été adoptés par les enseignants, bien qu'ils n'ont pas été officiellement approuvés. Parmi les résultats marquants de cette étude: le flou entretenu autour de la Ligne verte [the blurring of the Green Line], l'absence de villes Arabes en Israël, et la présentation de lieux et de colonies en «Judée et Samarie» (et non en «Cisjordanie») comme faisant partie intégrante de l'État d'Israël.

L'étude de Peled-Elhanan, comme des études similaires d'autres chercheurs, notamment celle du Dr Ruth Firrer de l'Université hébraïque, ont pendant longtemps recueilli la poussière sur les étagères des bibliothèques. Le professeur Yoram Bar-Gal, chef du département de géographie de l'Université de Haïfa, explique que, concernant les cartes, on peut observer cette règle universelle: «Ma carte a valeur éducative, ta carte a valeur de propagande». Selon lui, «Les cartes sont considérées comme extrêmement fiables, et l'État d'Israël et le mouvement sioniste, comme d'autres États et mouvements, en tirent profit en fonction de leurs besoins».

Bar-Gal a écrit que les politiciens qui portent la responsabilité de décisions fatidiques au sujet de la guerre et de la paix sont également responsables de la carte mentale qu'ils donnent aux jeunes d'aujourd'hui, carte mentale qui leur servira de motif pour défendre les frontières demain. Il dit que les instructions de Tamir pour faire figurer la Ligne verte dans les manuels scolaires sera difficile à imposer, puisque la plupart des manuels sont produits par des éditeurs privés qui n'ont pas envie de changer les films d'impression à leurs propres frais. Le test, pour Tamir, interviendra au moment du vote du budget.

Bar-Gal n'est pas certain que le grand public n'a pas conscience de la Ligne verte parce qu'elle a été effacée des cartes, ni dans quelle mesure son retour dans les manuels scolaires aura un effet décisif sur l'opinion des étudiants. Il pense que les manuels ne sont jamais qu'un des endroits où les gens se voient imposer une image du Grand Israël. «Est-ce que Haaretz fait figurer la Ligne verte sur ses cartes météo?», demande-t-il?

03 décembre 2006

Les faux-amis libanais de Ségolène Royal

La visite de François Hollande au Liban était passée totalement inaperçue. La visite de Ségolène Royal, elle, a été très suivie. Suivie en France, puisqu'il s'agit du premier voyage à l'étranger d'une candidate à la présidentielle réputée inexpérimentée en matière de politique étrangère, et suivie au Liban puisqu'elle souhaitait rencontrer «tout le monde» au moment où, justement, il est important pour le gouvernement libanais d'affimer que lui seul bénéficie du soutien sans faille de la communauté internationale (et que personne n'aime le Hezbollah).

Reçue en grandes pompes par Walid Joumblatt à l'aéroport de Beyrouth, qui lui a conseillé de remonter fissa dans son avion, Royal a tout de même tenu à rester au Liban et à rencontrer «tous les partis». Al-Akhbar racontait vendredi que, auteur de l'invitation, Joumblatt s'est illico empressé d'essayer de remettre Ségolène Royal dans l'avion. Dès lors, ses «amis» libanais allaient s'atteler à une tâche particulièrement noble: la piéger.

1. L'a-t-il dit ?

Rencontre vendredi avec la commission des affaires étrangères du parlement libanais. Elle écoute un député du Hezbollah, Ali Ammar. D'après le Monde du 2 décembre:

Au cours de cette réunion, un député du Hezbollah, Ali Ammar, a déclaré en arabe : «Le nazisme qui a versé notre sang et qui a usurpé notre indépendance et notre souveraineté n'est pas moins mauvais que le nazisme qui a occupé la France».
Cependant, il me semble important de noter que ces propos ne sont cités par la presse qu'à partir du lendemain de la réunion (le 2 décembre). Les journaux qui évoquent la rencontre, le premier décembre, ne citent absolument pas cette phrase.

Pour Anne-Marie El-Hage, dans L'Orient-Le Jour (dont on peut légitimement penser que si le député du Hezbollah avait dérivé vers l'antisémitisme face à Royal, ce quotidien pro-gouvernemental l'aurait soigneusement mis en avant):
Ce dernier [Ali Ammar] a d’ailleurs tendu la main à la France, indiquant qu’«elle a un grand rôle à jouer au Liban si elle se démarque de la folie de la politique américaine». Il a observé que «les Libanais sont fiers de leur amitié avec la France et que la résistance du Hezbollah s’inspire de la résistance française contre le nazisme». Il a surtout insisté sur le fait que «la solution aux problèmes du Liban devait nécessairement passer par le règlement du conflit régional israélo-palestinien et israélo-arabe». Mais il a affirmé que son parti «ne refusait pas le dialogue avec d’autres parties libanaises pour sortir de la crise», malgré «l’existence d’obstacles». Ali Ammar a enfin déploré l’image «injuste» de son parti en Occident, se défendant d’être l’allié d’un prétendu axe syro-iranien et insistant sur le fait que son «parti est totalement libanais».
La citation est donc, selon L'Orient-Le Jour: «les Libanais sont fiers de leur amitié avec la France et [...] la résistance du Hezbollah s’inspire de la résistance française contre le nazisme». Voilà qui n'est tout de même pas bien scandaleux...

On peut penser que cette citation est exacte, puisque le quotidien précise que l'éditorialiste de L'Orient-Le Jour Issa Goraieb, particulièrement hostile au Hezbollah, était présent.

Toujours le 1er décembre, l'envoyée spéciale du Figaro, Myriam Lévy, ne semble pas terriblement choquée par les propos tenus par l'élu du Hezbollah. Certes, elle qualifie ainsi ses propos:
Parmi eux figurait un député du Hezbollah, Ali Ammar, qui lui a infligé pendant vingt minutes une diatribe antiaméricaine et anti-israélienne.
Le député chiite n’a fait référence aux Etats-Unis que sous le vocable de «la démence politique». Il a comparé l’intervention israélienne au Liban à l’occupation de la France par les nazis, et le combat du Hezbollah à la Résistance française. Reprenant la parole, Royal se fit pourtant aimable. «Il y a beaucoup de choses que je partage dans ce que vous avez dit», dit-elle. Et d’ajouter : «notamment votre analyse du rôle des États-Unis.»
Pas de citation exacte, donc, juste l'évocation d'une «comparaison», qui pourrait très bien être celle rapportée par L'Orient-Le Jour. Il faut noter qu'à ce moment, le véritable scandale pour la journaliste du Figaro, c'est l'«assaut d'antiaméricanisme» que Ségolène Royal fait en acceptant le propos du Hezbollah. À aucun moment elle ne revient sur les propos sur le nazisme:
La France, certes, n’est pas sur la ligne diplomatique de Washington au Proche-Orient, mais de là à se trouver en phase avec le Hezbollah! Il y a une marge que Royal n’a pas semblé mesurer sur le moment. À la fin de la réunion cependant, elle voulut rectifier : «Je ne voudrais pas que ce que j’ai dit soit confondu avec l’action globale des États-Unis.»
Le lendemain, le site du Figaro a changé de thème. Travaillant désormais sur dépêche (notamment une dépêche Reuters titrée «Royal condamne les propos “abominables” d'un élu du Hezbollah»; cette dépêche est publiée sur le site de L'Express), le Figaro indique que la déclaration est devenue la suivante:
Lors d'une rencontre vendredi entre Ségolène Royal et 17 députés de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale libanaise, le député du parti chiite pro-syrien, Ali Ammar, a déclaré en langue arabe : «Le nazisme qui a versé notre sang et qui a usurpé notre indépendance et notre souveraineté n'est pas moins mauvais que le nazisme qui a occupé la France».
Toutes les brèves, dès lors, insistent sur le fait suivant: ce sont les journalistes qui ont entendu le mot «nazya» en arabe:
Ses propos, nichés dans un long exposé, étaient traduits en langue française par deux traductrices, une pour la candidate socialiste et ses conseillers, et une autre pour les journalistes français. Le mot «nazya», prononcé deux fois en langue arabe, a été clairement entendu par les journalistes.
Il faut bien noter que L'Orient-Le Jour avait bien entendu le mot «nazya», mais simplement dans la phrase suivante: «la résistance du Hezbollah s’inspire de la résistance française contre le nazisme». Il est assez risible d'apprendre que la «preuve» (on a entendu «nazya» dans une phrase) repose sur le témoignage des journalistes français, selon le Monde (qui reprend ici le texte de la dépêche Reuters):
Le mot «nazya», prononcé deux fois en arabe, a été entendu clairement par de nombreux journalistes français présents dans la salle.
Pour être clair: la phrase selon laquelle le député du Hezbollah aurait prétendu que ses nazis à lui étaient pires que nos nazis à nous n'est pas sourcée. Le soir de la rencontre, les médias n'en parlent pas, et L'Orient-Le Jour (présent et très hostile au Hezbollah) fait une citation très différente et totalement anodine. Vendredi, le seul «scandale» relevé par la presse était la complaisance anti-américaine de la candidate. La «preuve» que reprennent tous les médias est, depuis samedi, le fait que les journalistes français ont entendu deux fois le mot «nazya» dans un discours de vingt minute en arabe. Évidemment, pour LCI, c'est une «polémique».

2. A-t-elle condamné ?

Pour tout de même prouver qu'il l'a bien dit, les articles insistent sur la «condamnation» qu'aurait faite Ségolène Royal des propos d'Ali Ammar. Évidemment, s'il y a condamnation, c'est qu'il y a faute.

Le Figaro titre: «Royal condamne les propos “abominables” d'un élu du Hezbollah»; même titre dans L'Express qui reprend une dépêche Reuters. Pour Le Nouvel Obs, qui reprend une dépêche de l'Associated Press, c'est carrément «Nazisme: Ségolène Royal “condamne” les propos “inadmissibles’ du député du Hezbollah». Diantre, que d'originalité...

La dépêche de l'AP est très caractéristique de la tournure alambiquée adoptée par les médias:
Ségolène Royal a «condamné» samedi les propos «inadmissibles, abominables, odieux» tenus la veille devant elle par un député du Hezbollah comparant implicitement l'occupation passée du Liban par Israël au «nazisme qui a occupé la France», propos qu'elle a affirmé ne pas avoir «entendus».
Lorsqu'on lit attentivement ce paragraphe, on ne peut que le trouver particulièrement tiré par les cheveux. Et pour cause, puisque la citation complète serait, selon Le Monde:
«Que les choses soient bien claires: ces propos qui auraient été inadmisissibles, abominables, odieux, auraient entraîné de notre part un départ de la salle. Nous n'avons pas entendu ces propos», a-t-elle insisté. La candidate socialiste a expliqué qu'elle n'avait pas réagi tout de suite car elle n'avait pas entendu ce qualificatif prononcé en arabe.
Autant de conditionnels, ça finit par piquer les yeux. «Ces propos qui auraient été inadmissibles», si je sais encore lire, ça n'est pas du tout une condamnation des propos du député Ali Ammar, c'est la condamnation de propos hypothétiques, au cas où ils auraient été tenus.

Car, non seulement samedi Ségolène Royal continuait-elle d'affirmer:
«Je n'ai pas entendu cette comparaison et si cette comparaison avait été faite, que ce soit moi ou que ce soit l'ambassadeur de France qui était à mes côtés et qui n'a pas non plus entendu ces propos, nous aurions quitté la salle.»
mais aussi:
«Nous n'avons pas entendu ces propos.»
Le Monde précisant même «qu'elle n'avait pas réagi tout de suite car elle n'avait pas entendu ce qualificatif prononcé en arabe».

À ce stade, l'excuse est qu'elle n'a pas «entendu», et encore moins «en arabe»!

Surtout, ses premières déclarations sont claires: non seulement elle ne l'a pas entendu (pas plus que L'Orient-Le Jour ne l'avait entendu), mais en plus elle soutient que ces mots n'ont pas été prononcés (elle a donc entendu qu'ils n'avaient pas été dits):
La candidate socialiste a tenu à préciser : «je continuerai à dialoguer, n'en déplaise à certains, avec tous les parlementaires ou toutes les autorités démocratiquement représentatives et je ne laisserai pas déformer le contenu d'une réunion ou les propos pour m'empêcher de continuer à parler», a-t-elle poursuivi, sans préciser si elle rencontrerait des élus du parti palestinien Hamas lors de son déplacement à Gaza.
D'autres dépêches citent Ségolène Royale affirmant qu'il s'agit d'une déformation du contenu de la réunion. Et on peut constater que, dans sa «condamnation tardive» du samedi matin, elle persiste à ne pas admettre que ces propos ont été réellement tenus (elle utilise le conditionnel).

3. Et s'il l'avait dit ?

Cette histoire grotesque me semble fabriquée de toutes pièces, le scandale ne reposant que sur trois dépêches (AFP, Reuters et AP) aux formulations peu claires et des mots «en arabe» entendus par des reporters français.

Cependant, il n'est pas inimaginable non plus qu'un député du Hezbollah compare l'armée israélienne aux nazis. Ces gens étant généralement très subtiles, je doute qu'il se soit livré à cet exercice dans de telles circonstances. Mais d'un autre côté, qu'un membre du Hezbollah fasse cette comparaison ne serait pas totalement impossible, cette comparaison étant fréquente au Liban, et pas seulement parmi les membres du Hezbollah.

Il faudrait alors m'expliquer en quoi ces propos mériteraient les qualificatifs de «inadmissibles, abominables, odieux». Déplacés, exagérés, faux, certainement. Mais «abominables»?

Reprocher au membre d'un parti qui lutte depuis des années contre une armée d'occupation dont les exactions dans le sud du Liban ont été abominables, odieuses, inadmissibles, qui se livre à la ségrégation ethno-religieuse, qui soutenait des milices fascistes au Liban (Armée du Liban Sud, Forces libanaises), qui a encouragé la torture à grande échelle (Khiam), appliqué systématiquement la punition collective sur les populations civiles, qui laisse sciemment derrière elle des mines et des sous-munitions qui tueront des civiles pendant des années après la guerre... lui reprocher de comparer cette armée à l'armée nazie en utilisant les termes d'«odieux» et «abominable» me semble relever d'une indignation quelque peu forcée.

Encore une fois: la comparaison avec le nazisme est à mon avis exagérée, fausse, pas pertinente... Point sur lequel je suis souvent en désaccord avec mes amis libanais et palestiniens. Elle revient cependant très habituellement: en premier lieu pour essayer d'expliquer aux Français leur propre notion de la Résistance (l'analogie avec la Résistance française étant utile pour faire comprendre qu'il s'agit pour eux de nationalisme, de stratégie et de politique, et non d'un désir atavique des musulmans à se faire exploser pour retrouver des vierges au paradis), en second lieu pour qualifier la politique israélienne (qu'ils considèrent raciste, autoritaire et guerrière) et les exactions de l'armée israélienne (en un mot comme en cent: «fasciste»). Mais l'analogie stricte avec le nazisme ne me semble ni utile ni pertinente.

Cependant je ne vois pas en quoi elle serait «inadmissible, abominable, odieuse».

D'autant que, pour ne pas changer, une condamnation aussi forte renvoie à nouveau au «deux poids deux mesures» habituel.

Lorsque Georges Bush se livre à d'innombrables analogies entre Saddam Hussein et Adolf Hitler, est-ce seulement idiot et non pertinent, ou carrément «inadmissible, abominable, odieux»?

Lorsque Bill Clinton fait des analogies entre Milosevic et Adolf Hitler, est-ce encore «inadmissible, abominable, odieux», ou seulement un peu crétin?

Plus proche de notre affaire: lorsque Walid Joumblatt, l'ami «socialiste» se répand depuis des mois en comparaisons entre Bachar Assad et Hilter, entre le régime syrien et le régime nazi, Ségolène Royale trouve-t-elle cela «inadmissible, abominable, odieux»? Pourquoi, lorsqu'il fait ces analogies (qui, de fait, reviennent à minorer les crimes nazis...) à chaque fois qu'il passe sur LCI, à aucun moment Vincent Hervouët ne le reprend-il?

Faut-il rappeler qu'en décembre 2004, le même n'était apprécié ni des néo-conservateurs ni du Memri? Déclarations fracassantes sur le fait que, lorsqu'un sioniste meurt, le monde se porte mieux; ses regrets que l'attentat contre Wolfowitz à Bagdad ait échoué; etc. L'homme s'était alors vu retirer son visa diplomatique pour les États-Unis. Ses déclarations étaient-elles alors plus, ou moins, «inadmissibles, abominables, odieuses» qu'une comparaison entre l'armée nazie et l'armée israélienne?

La condamnation «hypothétique» par Ségolène Royal d'une telle comparaison est évidemment comprise ainsi par les Libanais et les Palestiniens: on a le droit de traiter n'importe qui d'Adolf Hitler et de nazis... sauf les Israéliens. Rien de nouveau sous le soleil.

[Addition du 5 décembre] Mr Ripley reproduit la confirmation (Libération du lundi 4 décembre) des propos par Ali Ammar lui-même: «Rencontre avec Ali Ammar» par Isabelle Dellerba.
Pensez-vous que Madame Royal a entendu tout ce que vous lui disiez ?
Il y avait un traducteur.

Ces propos signifient-t-il que vous comparez Israël à l’Allemagne nazie ?
Bien sûr. Le nazisme contre lequel nous nous battons au Liban est encore plus cruel que celui contre lequel vous vous êtes battus en France. Israël a tué beaucoup de femmes et d’enfants dans cette région ces 50 dernières années. Je ne cherche pas à comparer les chiffres. Ce n’est pas une question de nombre de morts. Tout parti qui commet des crimes organisés contre l’humanité est une entité nazie. Nous ne voyons pas de différence entre une forme de nazisme et une autre
Dont acte. Quand on demande explicitement à un membre du Hezbollah s'il compare la politique israélienne au nazisme, il répond oui; ce qui n'est pas une surprise.

[Addition du 7 décembre; merci à Manuel pour le lien] Cependant, selon un membre arabisant de l'ambassade de France interrogé par le Nouvel Observateur, voici «Ce qu'a dit exactement le député du Hezbollah»:
«Nous nous inspirons de toutes les formes de résistance contre les occupants, y compris les méthodes utilisées par la Résistance contre les nazis.»
L'information a été recueillie à l'ambassade de France lundi 4 décembre par Farid Aïchoune, journaliste au service étranger du Nouvel Observateur, envoyé spécial du journal au Liban.
Phrase extrêmement proche de la première version publiée par L'Orient-Le Jour.

4. Qui veut empêcher quoi?

Très clairement visibles dans les sujets télévisés consacrés aux déclarations de Ségolène Royal, également signalés dans les brèves citées ici, mais jamais commentés: son air très agacé, son énervement lorsqu'elle porte des accusations très claires et graves.

Selon Le Nouvels Obs (dépêche Reuters):
«Personne ne m'empêchera de discuter avec des personnalités démocratiquement élues», a-t-elle ajouté, alors qu'elle avait affiché son intention de discuter avec toutes les composantes politiques au Liban, y compris les représentants du Hezbollah.
Selon Le Monde:
La candidate socialiste a tenu à préciser: «je continuerai à dialoguer, n'en déplaise à certains, avec tous les parlementaires ou toutes les autorités démocratiquement représentatives et je ne laisserai pas déformer le contenu d'une réunion ou les propos pour m'empêcher de continuer à parler», a-t-elle poursuivi, sans préciser si elle rencontrerait des élus du parti palestinien Hamas lors de son déplacement à Gaza.
Sur LCI, elle accusait «ceux qui veulent l'empêcher de rencontrer tout le monde».

Qui sont ces «certains», qui veut l'«empêcher de continuer à parler», qui veut l'«empêcher de discuter avec des personnalités démocratiquement élues»? Mais de qui parle donc Ségolène? Est-ce Walid Joumblatt, comme le suggérait Al-Akhbar dès vendredi matin? Est-ce l'ambassade de France, en mission de torpillage commandée par Chirac? Est-ce que ce sont d'autres personnalités du 14 Mars?

5. Nos bons amis

Ségolène Royal a annoncé, comme François Hollande avant elle, qu'elle maintiendrait les lignes générales de la politique française au Liban.

C'est ça.

En n'oubliant pas que, dès qu'on n'obéit pas aux recommandations de «nos amis» du 14 Mars, qu'on rencontre le Hezbollah, qu'on annonce qu'on rencontrera le Hamas, alors la machine à propagande Hariri-Chirac se met en branle, et on se retrouve embringuée dans un scandale antisémite. En n'oubliant pas que, pour la défense de cette «politique française au Liban», elle vient de se faire lyncher.

Espérons que Ségolène Royal n'oubliera pas ce qu'elle doit à ses «bons amis» libanais.

Entre Ségolène Royal et les gens qu'elle veut rencontrer au Liban, il y avait comme un gros obstacle (photo Reuters).

6. Les faux-amis français du monde arabe

[Additif du lundi 4 décembre.] Aujourd'hui, L'Orient-Le Jour revient sur la «polémique». Malgré les dénégations du Parti socialiste français, c'est clairement une défaite en rase campagne pour les amis du monde arabe. Pour la politique intérieure française, je ne sais pas (et je m'en fiche); pour l'espoir d'une démarche en politique moyen-orientale indépendante et/ou courageuse, c'est rapé.

Sur iTV, à l'instant, un représentant du Parti socialiste (son nom m'échappe) explique que, de toute façon, l'accueil réservé par Israël à Ségolène prouve qu'elle s'est bien comportée. On est donc heureux d'apprendre que, pour le PS, recevoir l'approbation israélienne prouve qu'on n'a rien fait de mal.

Dans une logique très comparable, on apprend de L'Orient-Le Jour que Julien Dray s'est exprimé... sur Radio J. Quant à François Hollande, c'est sur Radio communauté juive. Hollande trouve une nouvelle explication, totalement incohérente avec tout ce qui est noté ci-dessus:
S’exprimant sur Radio communauté juive (RCJ), M. Hollande, également compagnon de la candidate PS à la présidentielle, a fait état des informations en sa possession selon lesquelles «la traduction donnée à Ségolène Royal et à l’ambassadeur n’était qu’une traduction abrégée, sommaire, qui ne comportait pas tous les propos rapportés par ailleurs aux journalistes».

«Le Hezbollah a tenu des propos, comme d’habitude, provocateurs, insultants, elle y a réagi, comme elle devait y réagir» car une fois qu’elle a eu «la traduction», elle a «dit combien ces propos étaient inacceptables», a expliqué M. Hollande. «Je trouve cette polémique déplacée», a-t-il souligné. Le premier secrétaire a jugé que si «le Hezbollah était un parti politique au Liban, ce n’était pas un parti comme les autres, puisque c’est une organisation militaire, provocatrice». Pour lui, Ségolène Royal a eu «raison d’aller» au Liban.
Tous aux abris. La logique qui consiste, pour des élus socialistes, à accourir sur des radios communautaires juives dès qu'un soupçon de critique à l'égard de la politique israélienne est émis ne cesse de me sidérer.

Mais le plus important est soigneusement écarté de la plupart des commentaires, parce que ce serait reconnaître la logique de toute l'opération: Ségolène Royal ne rencontrera finalement pas les élus du Hamas:
Quelques heures plus tard, Jean-Louis Bianco, son directeur de campagne, expliquait à la presse qu'une rencontre avec des élus du Hamas n'aurait été possible que sous certaines conditions : reconnaissance de l'Etat d'Israël, formation d'un gouvernement d'union nationale. Conditions que Mme Royal n'avait cependant pas énumérées quand elle avait dit qu'elle «évaluerait les propositions» de rendez-vous qui pourraient lui être faites.
Le message est visiblement bien passé.

La milice du ministre Fatfat

Parmi les enjeux libanais, en voici un autre, particulièrement important, dont ni Vincent Hervouët ni la presse française ne nous a jamais parlé: les Forces de sécurité intérieure (FSI). L'inquiétude et le ressentiment contre cette structure tenue par le ministre de l'intérieur par intérim, Ahmed Fatfat, armée et financée par les Occidentaux et les pays du Golfe, sont l'objet d'une bonne part des rumeurs sur les dérives sécuritaires du pays (assassinats compris) et, surtout, la preuve pour l'opposition de la dérive du pouvoir libanais vers l'autoritarisme.

Et, pour une fois, la dénonciation des aspects partisan et confessionnel, c'est-à-dire les caractéristiques d'une milice au service d'un groupe politique, ne vient pas d'un site aouniste, d'un média «pro-syrien» ou d'un blog anonymo-douteux, mais est publié par le très vénérable quotidien canadien The Globe and Mail. C'est donc avec plaisir que je vous livre une traduction de cet article.

L'Occident aide le Liban à développer une milice pour combattre le Hezbollah
par Mark Mackinnon

BEIRUT -- Avec l'aide de l'Occident et le soutien des pays du Golfe persique, le gouvernement s'est tranquillement constitué une force armée loyale dominée par les musulmans sunnites et les chrétiens maronites, en prévision d'une possible épreuve de force avec la milice chiite du Hezbollah et d'autres forces pro-syriennes et pro-iraniennes.

Un ministre dans le gouvernement du Premier ministre Fouad Saniora a expliqué au Globe and Mail que le gouvernement pro-occidental avait déplacé environ 8000 soldats supplémentaires dans la capitale dans les derniers jours dans le but de contrer un coup d'État de la part du Hezbollah et de ses alliés, qui préparent des manifestations antigouvernementales massives dans le centre de Beyrouth aujourd'hui.

Mais la mise en place a commencé il y 17 mois, peu après que la pacifique Révolution du Cèdre a mené M. Saniora aux affaires, a reconnu le ministre. La stabilité du gouvernement peut dépendre du comportement d'une force séparée, soutenue par l'Occident, forte de 24000 hommes, et qui a été renforcée de manière très importante pour défendre le gouvernement justement pour une telle situation.

La Syrie et l'Iran ont longtemps livré de l'argent et des armes à des groupes libanais, en premier lieu le Hezbollah. Mais depuis que M. Saniora et ses alliés ont pris le pouvoir en 2005, les États-Unis, la France et plusieurs États arabes sunnites ont lancé le projet de créer une force permettant d'y faire contrepoids.

Les critiques accusent la force d'être dominée par les sunnites, et prétendent que son vrai but est de défendre le gouvernement de M. Saniora, un sunnite, contre le pouvoir croissant de l'importante population chiite dans le pays. La plupart des sunnites du pays soutiennent le gouvernement pro-occidental, tandis que la plupart des chiites soutiennent le Hezbollah. Les chrétiens libanais sont divisés.

Depuis le départ de l'armée syrienne du Liban au début 2005, les États-Unis et la France ont fourni de l'argent et de l'entraînement aux Forces intérieures de sécurité, nom sous lequel cette force de police à l'uniforme bleu clair est connue. La situation politique se dégradant durant les dernières semaines, les Émirats Arabes Unis sont intervenus pour fournir à l'unité un «cadeau» d'urgence prenant la forme de milliers de fusils et des douzaines de véhicules de police.

Les ÉAU et d'autres états arabes sunnites sont préoccupés de voir l'Iran étendre son influence dans la région, a expliqué le ministre du gouvernement Ahmad Fatfat dans une interview, ajoutant que les FSI avait reçu de l'aide sous forme en matière de renseignement de la part de l'Arabie Séoudite, de l'Égypte et du Koweit. L'Iran est le principal soutien du Hezbollah.

«Au Liban, il semble que nous soyons une arène entre la Syrie et Israël, mais il y a un rôle nouveau pour l'Iran. [L'ayatollah Ali] Khamenei a parlé de cela clairement», a expliqué M. Fatfat, faisant allusion à un commentaire récent dans lequel le guide suprême iranien avait déclaré que le Liban serait le terrain de bataille sur lequel «l'Amérique et les sionistes» seraient défaits.

Aujourd'hui, les FSI seraient responsables de la défense des bureaux du Premier ministre, connu comme le Grand Sérail, contre des manifestants attendus pour s'installer dans le square Riad al-Sohl adjacent. Sa colonne vertébrale est une plus petite unité de forces spéciales de 325 soldats d'élite, connus sous le nom de Panthères, identifiables à leurs uniformes bleu foncé et à leur armement moderne.

L'armée régulière étant perçue comme non fiable en cas de crise – elle s'est divisée selon les lignes de division confessionnelles durant la guerre civile –, le gouvernement de M. Saniora et ses soutiens étrangers ont investi lourdement dans les FSI.

Les États-Unis, qui considèrent le gouvernement de M. Saniora comme un étendard de leur «Nouveau Moyen-Orient», ont donné pour 1,5 million de dollars US en assistance militaire «d'urgence» aux FSI juste avant qu'éclate la guerre de cette été entre Israël et le Hezbollah, et le Bureau fédéral d'investigation (FBI) lui a fourni l'entraînement. Washington a promis d'autres millions, mais il n'est pas clair si ces sommes ont été livrées.

Les FSI ont par ailleurs un appareil de collecte de renseignements indépendant de 30 millions de dollars – dans un pays qui dispose déjà de trois appareils sécuritaires similaires – parce que les autres services étaient considérées comme dominées par les chrétiens et les chiites et infiltrés par la Syrie. Des observateurs affirment que les services de renseignement des FSI sont largement vitupérées par des chrétiens et des chiites suspicieux.

«Il n'y a aucune confiance en la police ici. La police est perçue comme une force confessionnelle contrôlée par les sunnites», explique Timur Goksel, un professeur d'administration publique à l'Université américaine de Beyrouth (AUB).

Selon Amin Hteit, analyse miltaire et général de l'armée libanaise à la retraite, les FSI étaient une force d'importance secondaire avec environ 12000 hommes, à comparer aux 63000 de l'armée régulière, avant le retrait syrien. Reflétant l'estimation généralement acceptée de la composition de la population libanaise, un tiers de ses membres étaient chiites.

Les FSI ont depuis doublé en nombre, les sunnites et les chrétiens constituant l'essentiel des nouvelles recrues. Selon le général Hteit, seulement 1000 des 12000 nouvelles recrues sont chiites.

Le général Hteit, un chiite qui conserve dans une photographie encadrée un portrait de lui-même en compagnie du président pro-syrien Émile Lahoud, a expliqué que cette force a été augmentée et sa composante chiite minorée «pour tenir le gouvernement éloigné du danger populaire. Ils ont besoin de défendre le palais du gouvernement.»

Pendant ce temps, l'armée a baissé à 40000 hommes, dont 15000 sont maintenant affectés aux tâches de police dans le Sud, au terme du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël.

Les FSI sont déjà profondément détestées par ceux qui prévoient de manifester dans le centre de Beyrouth aujourd'hui. En octobre, des émeutes ont éclaté après que deux enfants ont été tués et 12 personnes blessées quand des membres des FSI ont ouvert le feu sur une manifestation dans un quartier chiite.

Sayyidah Ali Naji, dont le fils de 11 ans, Mohammed, est mort après avoir reçu deux balles dans la tête pendant ces manifestations, a expliqué qu'il irait manifester aujourd'hui. «Nous nous attendons à n'importe quoi [de la part des FSI]», a-t-il expliqué, «mais nous n'avons pas peur».
Note. Ahmad Fatfat n'est plus ministre de l'intérieur par intérim. Je faisais remarquer, au lendemain de la démission des ministres du Hezbollah (et d'un de leurs alliés), que les médias occidentaux oubliaient systématiquement de compter un autre ministre démissionnaire: Hassan Sabeh, ministre de l'intérieur démissionnaire depuis l'affaire des caricatures début 2006. Compte d'apothicaire, Hassan Sabeh a décidé de revenir sur sa démission, le jour de l'assassinat de Pierre Amine Gemayel, pour garantir le quorum gouvernemental (il faut les 2 tiers des ministres présents pour que le gouvernement soit constitutionnel). Je viens de m'en rendre compte. La personnalité d'Ahmed Fatfat étant très liée aux dérives dénoncées des FSI, je conserve le titre de ce billet.

01 décembre 2006

Biaisé, vous avez dit biaisé ?


1.
Quoi qu'on puisse penser de Michel Aoun, de sa personnalité, de son histoire, du coût humain monstrueux de sa stratégie à la fin de la guerre civile, une chose cependant peut difficilement lui être retirée: il n'a jamais été pro-syrien. C'est même l'un des seuls hommes politiques d'importance aujourd'hui au Liban qui ne l'ait jamais été.

2. Les manifestations organisées par le Hezbollah sont toujours très disciplinées, il n'y a jamais de «débordements» en marge des manifestations et, aujourd'hui comme souvent, les manifestants brandissent uniquement des drapeaux libanais. Si vous êtes un journaliste occidental, pensez à systématiquement qualifier ces manifestations pacifiques de «démonstration de force».

3. Pourquoi l'actuel gouvernement de Fouad Saniora se nomme-t-il «groupe du 14 Mars»? Je me cite moi-même, ça m'évitera de réécrire le paragraphe:

Rappelons tout de même que l'actuel gouvernement se targue d'être l'héritier des manifestations du 14 mars 2005. C'est même le nom de son «rassemblement». Le 14 février 2005, Rafic Hariri est assassiné. Le 14 mars, l'«opposition» (l'actuelle «majorité») organise une manifestation monstre réclamant la chute du gouvernement. Le gouvernement d'Omar Karamé «tombe» sous la pression de la rue. Le 14 avril, le «plutôt pro-syrien» Najib Miqati est nommé Premier ministre d'un gouvernement de transition chargé d'organiser les législatives de juin. La «transition» se déroule parfaitement et l'actuel gouvernement est issu des urnes. À cette époque, le recours à la rue est unanimement considéré dans les chancelleries et les médias occidentaux comme le signe d'une grande vigueur démocratique.
Putschistes voilées, putschistes pas voilées, putschistes musulmanes et putschistes chrétiennes.
Grosse ambiance de «démonstration de force».


Mais ces éléments interdisant de penser les évènements libanais avec, disons, «simplicité», les médias s'empressent de... simplifier. Au risque de devoir décrire une réalité totalement inventée.

Commençons par l'exception qui confirme la règle: l'article de Sibylle Rizk, pour le Figaro, n'utilise pas le terme «pro-syriens» pour désigner l'opposition, et n'utilise le terme qu'en tant que jugement attribué par les forces gouvernementales à l'encontre de leurs opposants.

Sorti de là, c'est le grand n'importe quoi.

Pour LCI, à l'instant, l'immense manifestation pacifique, où ne fleurissent que des drapeaux libanais, est une «démonstration de force». Michel Aoun est présenté ainsi: «derrière sa vitre blindée, Michel Aoun, le leader des chrétiens pro-syriens».

Sur CNN, il s'agit d'une manifestation de «Hezbollah and its pro-syrian allies». Interviewant une «spécialiste du Hezbollah» (assez objective par ailleurs), la correspondante au Liban, Hala Gorani, refuse l'idée qu'une manifestation puisse réclamer la démission du gouvernement («dans une démocratie, on attend les élections», répète-t-elle).

Sur Future TV, chaîne des Hariri, le programme quotidien est inchangé, et pendant qu'entre 800000 et plus d'un million de Libanais défilent dans le centre de Beyrouth, la chaîne passe des concerts de pop arabe.

Sur la LBC, ancienne chaîne des Forces libanaises, images des rassemblements en début d'après-midi, puis retour aux émissions habituelles (telenovellas libanaises dont la vue prolongée abime le bulbe rachidien). Le journal télé du soir montre toutes ces personnalités mondiales qui soutiennent Saniora («who's doing a very good, very dignifying job», dixit Romano Prodi). Depuis hier, la chaîne insiste sur les explications suivantes: les manifestations sont mauvaises pour le tourisme, les manifestations sont mauvaises pour le commerce. Plusieurs personnages présentés réclament le report des manifestations pour après Noël!

Ce soir, sur Future TV, un vieux film égyptien. Sur la LBC, un téléfilm égyptien. Si j'étais Hala Gorani, je dirais que «Dans une démocratie, quand un quart des citoyens défilent dans la capitale pour réclamer un changement de gouvernement, la moindre des choses, c'est d'y consacreer des débats à la télévision!»

MSNBC évoque, évidemment, «Hezbollah and its pro-Syrian opposition allies». L'article parvient à ne jamais utiliser les termes «Michel Aoun», sans doute trop compliqués à écrire.

Le Monde, travaillant sur la base d'une dépêche AFP, titre «Démonstration de force des prosyriens à Beyrouth». Évidemment, Aoun est devenu prosyrien:
«Réunis à l'appel de l'opposition prosyrienne menée par le Hezbollah, les manifestants ont réclamé la démission du premier ministre, Fouad Siniora.»
La dernière phrase doit, selon un procédé déjà exposé ici, permettre de mettre sur le même niveau une manifestation clairsemée d'une dizaine de milliers de chrétiens phalangistes et FL et une manifestation de plus de 800000 personnes:
La majorité avait transformé les obsèques du ministre, le 23 novembre à Beyrouth, en un immense rassemblement contre le régime de Damas.
Le site belge 7 sur 7 reproduit ce qui doit être la dépêche AFP d'origine: «Démonstration de force de l'opposition à Beyrouth en alerte maximale». Auparavant, «L'opposition pro-syrienne manifeste contre le gouvernement libanais»:
«L'opposition libanaise menée par le Hezbollah chiite organise, vendredi, à Beyrouth, dans une démonstration de force du camp pro-syrien, une manifestation et un sit-in illimité pour faire tomber le gouvernement.»
Logique identique pour l'agence de presse chinoise Xinhua, qui simplifie la situation pour nous permettre de bien comprendre:
«Le Liban, divisé entre les partis pro et anti-syriens, est confronté à une crise politique depuis que six ministres pro-syriens du Hezbollah et de ses alliés eurent démissionné début novembre, en outre les dirigeants du pays ne sont pas parvenus à un accord sur un gouvernement d'union nationale.»
L'armée libanaise exhibe sa puissance de feu face à l'armée israélienne sa propre population*.

Mais le plus beau morceau, pour l'instant, c'est la dépêche de Reuters signée par Yara Bayoumy et Tom Perry. Évidemment:
«Le mouvement islamiste et ses alliés pro-syriens avaient appelé les habitants du pays à prendre part à la manifestation dans le centre de Beyrouth, qui devait être suivie d'un “sit-in” d'une durée indéterminée près des bâtiments officiels.»
Notez que:
«Le Hezbollah, soutenu par la Syrie et l'Iran, présente le gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora comme un auxiliaire fantoche des Etats-Unis.»
Rions un peu avec la conception journalistique des médias occidentaux. La phrase suivante a exactement la même valeur; mais évidemment, personne n'aurait l'idée d'écrire: «Le gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora, auxiliaire fantoche des États-Unis, présente le Hezbollah comme soutenu par la Syrie et l'Iran.» Pour se rattraper sur la déontologie, Reuters se montre encore plus explicite que ses concurrents:
«“J'engage le Premier ministre et ses ministres à démissionner”, a lancé aux manifestants le général Michel Aoun, dirigeant d'opposition chrétien et pro-syrien.
Vous avez bien lu: «le général Michel Aoun, dirigeant d'opposition chrétien et pro-syrien»! C'est hénaurme. Reuters n'hésite pas à enfoncer le clou:
«Les tensions sont fortes entre sunnites et chiites, de même que les rancoeurs qui opposent les chrétiens pro et antisyriens.»
Oui, quand les aounistes se font agresser par les Forces libanaises de Geagea, c'est une rancœur entre «chrétiens pro et antisyriens». Reste à savoir qui est pro, et qui est anti...

À part ça, toujours aucune mention dans nos médias de l'arrestation d'une vingtaine de membres des Forces libanaises par l'armée.

[Ajout, le 2 décembre] La participation de militants chrétiens est, évidemment, un sujet important: les médias pro-gouvernementaux tentent par tous les moyens de faire croire que les chrétiens ont massivement «lâché» Aoun, et qu'il est désormais seul avec ses amis chiites.

Dans un article du Figaro, malgré un titre malencontreux («Démonstration de force des prosyriens à Beyrouth»), on peut lire:
La place mêle l’orange, le jaune et le vert, pour les foulards et les Tshirts, sous un seul drapeau, celui du Liban. L’orange, c’est la couleur des militants du Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun, très nombreux, le jaune celle du Hezbollah, et le vert celle des chiites d’Amal, le parti du président de l’Assemblée Nabih Berri, ou des chrétiens du nord de Souleimane Frangié. Le mélange se fait aussi dans les haut-parleurs, qui diffusent des chants militaires du Hezbollah et des discours d’Aoun. Tout ce monde se côtoie en souriant. Quelques jeunes filles portent même des foulards islamiques orange: “On est membres d’Amal,mais c’est par solidarité avec le général.”
Pour L'Orient-Le Jour, «très nombreux», ça n'est pas encore assez. Titrant son article «L'opposition s'est exprimée, le gouvernement tient bon» (exacte traduction de «Cause toujours, tu m'intéresses»), le quotidien explique:
«Mais dans sa quête d’un mouvement à caractère national visant à faire chuter le gouvernement, le parti de Dieu et ses alliés ont dû recourir à un artifice pour compenser le déficit de participation chrétienne qui, selon des sources concordantes, paraissait faible. Ainsi, c’est au général Michel Aoun qu’a été confié le rôle de s’adresser à la foule rassemblée dans et autour de la place Riad el-Solh.»
* Je n'y connais pas grand chose en artillerie (ni en bidasseries en général). Mais quelqu'un peut-il me dire si, par hasard, le gros machin au-dessus des barbellés, ce ne serait pas une batterie anti-aérienne?