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10 octobre 2008

Le Rrrizbollah aime le rrroumous

La grande actualité politique du monde me donne l'occasion de faire enfin ce billet que je voulais écrire depuis un moment...

«Touche pas à mon houmous, avertit le Liban» nous dit l'AFP:

«“Ce qui me révolte avec Israël c'est qu'ils commercialisent le houmous comme étant un produit traditionnel israélien alors qu'il est clair qu'il s'agit d'un produit libanais”, déclare Ramez Abi Nader, un membre de l'association.»
Faites le test, demandez à un libanais de vous dire «ce qui le révolte avec Israël», vous n'allez pas être déçu. Le Guardian trouve également l'affaire passionnante. Évidemment c'est idiot: certes le houmous n'est pas israélien, mais il n'est pas non plus libano-libanais. Rami Zurayk le rappelle aimablement: «Drop the chauvisinism.» Et je vous donne un lien vers l'Académie syrienne de gastronomie pour achever d'enquiquiner mes amis libanais.

Quand au taboulé, je dois malheureusement informer mes (rares) lecteurs libanais que, pour les Français, c'est une espèce de salade au couscous sans goût et sans saveur servie tiède dans un tupperware. Ça se mange, difficilement, en pique-nique agrémenté d'une tomate écrasée au fond du sac à dos, un œuf cuit dur et un sandwich dont la mayonnaise a coulé en dehors du papier-plastique. Et c'est rigoureusement impossible à échanger avec vos petits camarades dont la maman, moins soucieuse d'équilibre alimentaire, a garni le sac d'un grand paquet de Mars et de Milky Way.

Pour le baba ghanouge, une plaisanterie raconte qu'en Égypte, si une femme demande à son mari ce qu'il veut manger pendant la saison de l'aubergine, il a le droit de demander le divorce.

De toute façon, n'importe qui sait parfaitement que le meilleur houmous n'est ni libanais ni syrien ni palestinien: «le meilleur houmous, c'est celui de ma mère». Par exemple, pour Ralph Nader, hé bien, c'est celui de... devinez qui.

Cependant, ce qui est remarquable, c'est que les arabes prononcent «hhoumous» avec un «h» expiré, tandis que les israéliens le prononcent «rrroumous» avec un «r» roulé façon jota espagnole. Et c'est ça qui énerve vraiment les libanais. Passe encore que les israéliens aiment un plat libanais-palestinien-syrien-égyptien, mais qu'ils le prononcent «rrroumous» constitue le véritable outrage!

J'en arrive à ce sujet dont je voulais vous causer depuis un moment...

Savez-vous comment on peut reconnaître un journaliste qui vient soit de se faire expliquer le danger islamiste, la dhimmitude et l'Eurabia par l'ambassadeur d'Israël à Paris, soit de trouver l'inspiration après plusieurs heures de visionnage de Guysen TV? C'est très simple, et il n'est pas nécessaire de recourir à une théorie du complot trop compliquée. Ce journaliste se reconnaît aisément: il dit «Rrrezbollah» (ou, pire, «Rrrizbollah») et «Rrramas», au lieu de «Hhezbollah» («h» expiré) et «Hhamas» (même «h» expiré).

Cette lettre n'est pourtant pas difficile à prononcer. Comme l'explique le père André d'Alverny («Cours de langue arabe», dans les années 1950 -- extrait véridique, je le recopie texto du bouquin):
C'est une très forte expiration du fond de la gorge, mais sans frottement; elle ressemble au souffle du caméléon.
Le souffle du caméléon, donc. Comme dans «hip hip hip hourra».

Bref, n'importe qui dira: «Hhassan Nasrallah du Hhezbollah aime le Hhoumous». Si un éditorialiste analyse: «Rrrassan Nasrallah du Rrrizbollah aime le Rrroumous», maintenant vous le savez: c'est un thuriféraire du sionisme.

C'est d'autant plus idiot, pour les analystes sionistes, de se faire piéger aussi facilement que, par ailleurs, il ne leur viendrait pas à l'idée de prononcer «Rafiq Rrrariri». C'est la même lettre. Au pire, ils diront «Rafikariri» d'une seule traite, mais pas «Rrrariri». (Pourtant, Rafiq Rrrariri aimait beaucoup le rrroumous.)

Prononcer «Rrrizbollah», ça vous trahit le propagandiste sioniste aussi sûrement que s'il disait «Eretz Yisrael» au lieu de «régime illégitime qui occupe al-Quds» au journal de 20 heures...

Rien à voir, mais il est plaisant de constater que, lorsqu'un français parle de Carlos Ghosn, aucun libanais ne sait de qui il parle («Carlos Guausne?»). Je ne sais pas, d'ailleurs, pourquoi ça se translittère «Ghosn». Parce que là, vous avez le droit de rouler les «r» comme n'importe mangeur de rrroumous: ça se prononce quelque part entre «Rrroussoune» et «Rrressen». Perso, je trouve que «Carlos Roussoune», ça a de la gueule.

Au fait, est-ce que Carlos Roussoune aime le hhhoumous? Il se trouve que oui: et celui qu'il préfère, c'est celui de... sa femme (Rita Roussoune, restaurant «My Lebanon» à Tokyo).

Sur ce, sahten.

01 octobre 2008

Risque politique de la crise ?

Publié hier, un article de Christian Chavagneux pour «Alternatives économiques» me donne envie de prolonger les questions de mon précédent billet. En effet, si l'aspect moral du plan est souvent discuté (sous l'angle «prendre aux pauvres pour donner aux riches»), je trouve regrettable que l'aspect politique soit assez systématiquement oublié. C'était l'objet de mon billet.

Christian Chavagneux soutient le «plan Paulson» avec un enthousiasme qui laisse coi. Le titre du billet («Le rejet du plan Paulson plonge la finance dans une double crise») est confirmé dans le chapeau («Le rejet du plan Paulson par la majorité des parlementaires américains a plongé la finance internationale, y compris l’Europe, dans un gouffre dont il est difficile de savoir comment elle va sortir.»). L'article rappelle pourtant, plus loin, l'évidence: la (double) crise précède le rejet du plan Paulson, et non l'inverse. Alors pourquoi ce titre et cette introduction?

Les deux derniers paragraphes sont assez étonnants.

Si 700 milliards de dollars peuvent être engagés, il n'est pas certain que le gouvernement aura besoin d'utiliser toute cette somme. De plus, une fois la crise passée, certains des actifs achetés vont voir leur valeur augmenter et le gouvernement pourrait même gagner de l'argent sur certaines transactions. De plus, la dernière version du plan prévoit que le gouvernement se voit offert en garantie la possibilité d'acheter des actions des banques qu'il aide. Ainsi, si la situation des banques s'améliore, le gouvernement peut vendre les actions et gagner de l'argent pour rembourser le coût du plan. Enfin, et ce n'était pas la moindre des avancées, le plan prévoit une revue de l'application du plan 5 ans après et permet au gouvernement de taxer le secteur financier si le coût budgétaire final s'avère important.
Si je lis bien, ce plan est tellement bon que:
  1. c'est un plan à 700 milliards qui coûtera moins de 700 milliards;
  2. en plus, à la fin, on va récupérer une bonne partie de de cet argent;
  3. et même le gouvernement pourrait bien «gagner de l'argent pour rembourser le coût du plan».
C'est la fête!

Mais alors, pourquoi un aussi bon plan a-t-il été initialement rejeté?
Ce plan, nécessaire, a été rejeté par 228 parlementaires, 95 démocrates et 133 républicains. On savait depuis le début que des démocrates allaient refuser le plan et on attendait une mobilisation des républicains. Celle-ci a bien eu lieu mais pour rejeter le plan. D'une irresponsabilité totale au regard de l'histoire et de leur pays, ces parlementaires ont refusé le plan pour deux raisons. Soit par pure idéologie, le qualifiant de « socialisme financier ». Soit parce qu'élus avec une faible marge et devant se représenter début novembre devant des électeurs réticents au fait d'aider Wall Street, ils ont préféré rejeter le plan plutôt que d'en expliquer la nécessité. La violence du rejet du plan, de Paulson et de l'autorité de George W. Bush, a été telle que 18 % des parlementaires républicains partant en retraite, et donc sans enjeu électoral, ont tout de même voté non.
À nouveau, si je lis bien: les élus américains l'ont refusé, c'est parce que:
  1. ce sont des idéologues (hum... des élus du peuple rejettent un plan pour des motifs politiques alors que ce plan est économiquement «nécessaire»; est-ce désormais un argument valable dans «Alternatives économiques»?);
  2. ce sont des démagogues qui cherchent à se faire réélire (ce qui est mal);
  3. même ceux qui ne sont ni idéologues et qui ne cherchent pas à se faire réélire sont contre (bon: «18% des parlementaires républicains partant en retraite», ça doit faire deux personnes à tout casser, genre 2 sur 11 ça fait 18%): ça prouve bien quelque chose mais je ne sais pas exactement quoi. 82% des parlementaires républicains (genre: 9 sur 11) qui partent en retraite ont voté pour, mais ça, ça ne prouve pas grand chose (personnellement, si 82% des républicains sont pour, j'aurais tendance à trouver ça suspect, mais c'est une autre histoire).
Le Diplo a posté, au même moment, une «valise diplomatique» qui rend tout de même moins «idéologue», «démagogue» et indéfendable le choix de certains parlementaires:
En pleine campagne électorale, de nombreux parlementaires ont mesuré l’ampleur du ressentiment populaire devant un plan qui, aux frais du contribuable, efface les pertes des banques, alors que rien d’aussi massif n’avait été prévu quand des centaines de milliers d’Américains furent précipités dans la faillite par la baisse de leurs actifs immobiliers.

[...]

Au-delà de l’horreur que peut inspirer à ces derniers un engagement supplémentaire de la puissance publique (un républicain est, théoriquement, en faveur du « moins d’Etat » et des comptes en ordre…), leur vote négatif s’explique par le caractère autoritaire et précipité de la décision qu’on voulait leur faire prendre
Une autre question devrait être, à mon avis, posée. Elle rejoint mes questions sur les risques politiques induits par la crise: dans quelles conditions peut-on à nouveau donner des pouvoirs aussi grands à l'administration Bush, sachant à quel point cette administration est capable d'abuser du moindre pouvoir qui lui est confié, et à quel point ces abus de pouvoirs sont les réussites que l'on sait?

Les trois hommes qui auraient la main directe sur ce pactole de plus de 700 milliards de dollars, ce sont:
  • Henry Merrit «Hank» Paulson Jr., «United States Treasury Secretary» (je préfère ici ne pas traduire les noms des fonctions officielles et des institutions pour éviter les contresens), nommé par Georges W. Bush le 30 mai 2006;
  • Ben Shalom Bernanke, «Chairman of the Board of Governors of the United States Federal Reserve», nommé par Georges W. Bush le 1er février 2006; il est à noter que tous les membres du Board of Governors actuels ont pris leur poste sous la présidence de Georges W. Bush;
  • Christopher Cox, «Chairman of the Securities and Exchange Commission», nommé par Georges W. Bush le 3 août 2005.
Un des articles du plan donnait l'ampleur de la prise de pouvoir énorme qu'il représente:

Rosner also says full disclosure is important since the bill as it now stands gives the U.S. Treasury Secretary basically unchecked power to deal with $700 billion in taxpayer funds. According to Section 8 of the proposal, the decisions are "non-reviewable and committed to agency discretion, and may not be reviewed by any court of law or any administrative agency."

That "prevents judicial action could allow the protection of decisions that create false marks, hide prior marks, or could be used to prevent civil or criminal prosecution in situations where a management knowingly provided false marks that aided the growth of this crisis of confidence," Rosner said in a note to clients.

Pour se donner une idée du «pouvoir» que représentent 700 milliards de dollars, signalons que c'est une somme supérieure au montant total du budget militaire des États-Unis (651 milliards). C'est également une somme supérieure à l'ensemble des budgets militaires cumulés de tous les autres pays de la planète. Et ce serait directement géré par trois hommes nommés par Georges W. Bush (qui terminera son mandat que le 20 janvier 2009).

Bref, y a-t-il des risques politiques liés à ce plan? Les élus américains qui rechignent à signer cet énorme transfert de pouvoir n'ont-ils que des motifs idéologiques et démagogiques, ou ont-ils quelques raisons de s'inquiéter? Y a-t-il un contre-pouvoir efficace prévu (ou même possible) face à ce pouvoir confié à trois hommes?

Christian Chavagneux explique (avec un adorable point d'exclamation final):
Dans la version finale, achevée dans la nuit de samedi à dimanche, le secrétaire au Trésor se voit octroyé toute latitude pour acheter à qui il veut, au prix qu'il veut et avec la méthode qu'il veut les actifs immobiliers risqués des banques. Mais il est ensuite pris sous le feu de quatre projecteurs qui vont scruter à la loupe ce qu'il fait : un Financial Stability Oversight Board devant lequel doit être présenté un rapport tous les mois ou toutes les fois que 50 milliards de dollars sont dépensés ; le Comptroller General, qui surveille la façon dont l'Etat dépense son argent, doit suivre la réalisation du plan ; un inspecteur général du plan est nommé pour le suivre également de près ; enfin, un panel du Congrès suivra également ce qui se passe !
Se pourrait-il que les parlementaires américains, après huit années d'aventurisme néo-conservateur, ne trouvent pas encore cela assez rassurant?

25 septembre 2008

Vive la crise !

Très bon billet, à mon avis, de Denis Sieffert aujourd'hui sur le site de Politis.

Je ne crois pas non plus que la crise actuelle se terminera par:

  • la chute et le dépassement du capitalisme,
  • la remise en cause des politiques néolibérales.
Je vous propose quelques réflexions, un peu en vrac. Ce sont en général des questions, mais le lecteur a le droit de penser que, de ma part, elles sont purement rhétoriques.


1. D'où sortent le(s) milliard(s) de milliard de dollars que va utiliser l'administration US pour éponger les créances pourries des grands joueurs de la bourse? On répond souvent, et c'est déjà choquant: des poches des contribuables.

Or, selon l'habitude étatsunienne, ce ne seront pas des levées d'impôts supplémentaires immédiates qui auront lieu, mais le recours au déficit budgétaire. Cet argent sera donc... emprunté.

Et emprunté à qui? Si je ne trompe pas: emprunté au marché. Le marché qui ne prête plus d'argent au marché va prêter à l'administration. Et, grâce au taux d'intérêt, se rémunérer sur ces bons du trésor.


2. Les banques qui ont émis des prêts pourris vont donc voir leur ardoise effacée. Mais, que je sache, ces prêts courent toujours du côté des particuliers qui ont souscrits ces emprunts. Les particuliers qui ont «acheté» une maison avec un de ces nombreux crédits dont les taux ont explosé, et qui ne peuvent plus payer, vont-ils eux aussi voir leur ardoise effacée, ou vont-ils se retrouver à la rue, tous leurs biens saisis?


3. Alors que nous connaissions une période d'euphorie boursière, la pression coloniale et néocoloniale sur les pays producteurs de matières premières était phénoménale. Question idiote: avec la crise généralisée des économies occidentales, cette pression va-t-elle baisser, ou va-t-elle s'accentuer?


4. Si la pression coloniale et néocoloniale s'accentue, aura-t-on plus, ou moins, besoin de l'alibi (im-)moral du «choc des civilisations» pour soutenir l'économie de la prédation?


5. La pression néolibérale sur nos propres sociétés va-t-elle s'accentuer, ou reculer à cause de sa faillite économique et de l'évident mensonge qu'elle représente? Pour l'instant, il me semble que les pays les plus directement touchés en profitent pour imposer des mesures supplémentaires de déréglementation du marché du travail.


6. Malgré l'euphorie boursière, les outils de contrôle social, au motif de «lutte contre le terrorisme», se sont développés dans les pays démocratiques dans des proportions inquiétantes (voir Edvige en France par exemple). Face à une crise économique qui va s'abattre sur l'«économie réelle», ces outils seront-ils directement retournés contre les sociétés (syndicats, mouvements sociaux, associations militantes..;)?


7. Si nous avons une conjonction entre l'imposition accélérée des politiques néolibérales (pour cause de «lutte contre la crise»), l'utilisation des outils de contrôle contre les sociétés et l'intensification de l'outil colonial qu'est le «choc des civilisations», y a-t-il un risque de basculement (violent ou via le processus électoral) d'une ou plusieurs grandes «démocraties libérales» vers des systèmes autoritaires? Est-ce que ça fait trop de «si» pour qu'on doive s'inquiéter?


8. Quid de la pression sur l'environnement? Kyoto, forages en Alaska, exploitation des zones polaires, alternatives aux combustibles non renouvelables, tout ça... La crise va-t-elle aider à réduire l'impact environnemental de nos systèmes (par exemple: baisse de la consommation), ou au contraire servir d'excuse pour achever de saccager la planète («ça n'est pas le bon moment»)?


9. Mille milliards de dollars représentent, rappelle Denis Sieffert, 8 ans de guerre en Irak. Je suppose qu'on ne compte ici que le coût pour les Américains et non la destruction totale des infrastructures d'un pays.

Mais d'autres chiffres peuvent être cités.

Le montant total de la dette du tiers-monde en 2005 s'élevait à 2600 milliards de dollars.
En 1980, le montant de cette dette était de 540 milliards. Entre 1980 et 2004, ces pays ont remboursé 5300 milliards. Comme le synthétise le CADTM, «les pays en voie de développement ont remboursé presque 10 fois ce qu'ils devaient en 1980, mais leur dette a été multipliée par presque 5». Il serait impossible d'annuler tout ou partie de cette dette sans faire s'effondrer l'économie mondiale. La dette des joueurs de la bourse, elle, sera épongée en quelques mois, pour des estimations de coût qui vont entre 1000 et 2000 milliards de dollars.

L'aide au développement s'élève à un peu plus de 100 milliards de dollars par an. Chiffre déjà dérisoire dans l'absolu (par exemple les transferts d'argent pratiqués par les immigrés vers leurs pays d'origine représentent, eux, 200 milliards), à comparer avec les 1000 milliards de dollars évoqués aujourd'hui.

22 juillet 2008

L'augmentation de la tuberculose est liée aux prêts du FMI

Aujourd'hui dans le New York Times: «L'augmentation de la tuberculose est liée aux prêts du FMI», par Nicholas Bakalar. Comme je ne suis pas persuadé que nos médias vont beaucoup en causer (en ce moment, c'est plutôt la saison des sujets Paris-Plage), je vous livre une traduction maison:

Une nouvelle étude vient de découvrir que la rapide augmentation du nombre de cas de tuberculose en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union soviétique est fortement corrélée à l'obtention de prêts de la part du Fond monétaire international (FMI).

Les critiques du Fond ont suggéré que ses exigences financières amènent les gouvernements à réduire les dépenses de santé pour pouvoir obtenir les prêts. Ceci, indiquent les auteurs, aide à comprendre le lien établi par leur étude.

Le Fond réfute fermement cette conclusion, affirmant que les anciens pays communistes seraient dans une situation bien pire sans les prêts.

«La tuberculose est une maladie qui prend du temps pour se développer», indique William Murray, un porte-parole du Fond, «donc l'augmentation des taux de mortalité est certainement liée à quelque chose qui est intervenu avant les financements par le FMI. C'est seulement un bidonnage scientifique».

Les chercheurs ont étudié les statistiques de santé dans 21 pays et ont découvert que l'obtention d'un prêt du FMI était associée à une augmentation de 13,9% du nombre de cas de tuberculose chaque année, de 13,3% du nombre de personnes vivant avec la maladie et de 16,6% du nombre de décès dus à la tuberculose.


L'étude, qui est publiée mardi dans le journal PLoS Medicine, a contrôlé statistiquement un certain nombre d'autres facteurs qui influent sur les taux de tuberculose, notamment la prédominance du sida, les taux d'inflation, l'urbanisation, les taux de chômage, l'âge de la population et l'amélioration du suivi médical.

Le coordinateur de l'étude, David Stuckler, un chercheur associé de l'université de Cambridge, l'a défendue contre les critiques du Fond, indiquant que les chercheurs avaient vérifié si l'augmentation de la mortalité n'avait pas pu provoquer l'obtention des prêts plutôt que l'inverse.

Au contraire, ils ont découvert que l'augmentation de la mortalité par la tuberculose suivait le prêt; chaque pourcent supplémentaire de prêt est liés à une augmentation de 0,9% de la mortalité. Et lorsqu'un pays quitte un programme de financement du FMI, les taux de mortalité chutent de 31% en moyenne.

«Lorsque vous trouvez une corrélation, vous levez un sourcille», explique M. Stuckler. «Mais quand vous trouvez plus de 20 corrélations dans la même direction, vous commencez à établir un fort lien de cause à effet.»

23 juin 2008

L'agression d'un amateur de poings américains

Bien sûr, l'agression d'une jeune homme en plein Paris est dramatique. Bien sûr, si l'agression est antisémite ou raciste, elle est d'autant plus scandaleuse.

En revanche, le cirque médiatique qui se met en place en quelques heures, l'ouverture des journaux télé sur cette affaire depuis 24 heures, l'intervention immédiate des politiques... tout cela provoque une certaine gêne.

Par exemple, il faut creuser un peu pour trouver cette dépêche de l'AFP reproduite sur le site de Libé:

Le jeune juif, violemment agressé samedi dans le quartier des Buttes-Chaumont, à Paris (XIXe), avait été interpellé «après des incidents à caractère intercommunautaire» avec un autre groupe de jeunes d'origine maghrébine, le 9 décembre 2007. La rixe avait eu lieu en marge d'une manifestation à Bercy, à Paris, pour la Hanouka, la grande fête juive de fin d'année.
L'adolescent avait été placé en garde à vue en compagnie de trois camarades. Lui et ses camarades avaient été trouvés porteurs de poings américains et «autres projectiles de défense». Ils n'avaient pas été écroués.

Une procédure judiciaire avait été ouverte pour ces faits qui est «toujours en cours», a indiqué la même source.
Par ailleurs, selon la même source, les Renseignements généraux (RG) ont fait état dans des notes et rapports, de «plusieurs tensions et vifs incidents à caractère communautaire», depuis 2006, notamment dans quartier des Buttes-Chaumont où le jeune homme a été passé à tabac, à coups de barre de fer.
Voilà qui n'est pas forcément aussi médiatiquement accrocheur que l'affirmation selon laquelle la victime «a été victime d'une agression parce qu'il portait une kippa...». Cette mention de «plusieurs tensions et vifs incidents à caractère communautaire» apparaît également dans une interview du rabin loubavitch Mendel Samara:
La semaine, tout se passe bien. En revanche, le week-end, pendant le shabbat, le quartier des Buttes-Chaumont, et surtout le parc, devient assez difficile. Les regards des différentes bandes organisées se croisent. Cette tension permanente rend les dérapages possibles. D'autant plus qu'il y a une animosité provoquée par les frustrations, les incompréhensions et le manque de dialogue dans ce quartier.
Selon Le Figaro:
Par la voix de son président, Raphaël Haddad, l'UEJF se dit «très préoccupée» par les bagarres à répétition ces dernières semaines entre bandes organisées, notamment au parc des Buttes Chaumont.
Bandes organisées? Un jeune juif déjà arrêté avec un poing américain, passé à tabac non loin des Buttes Chaumont samedi soir, un rabin local indiquant que, pendant le shabbat, dans le quartier, les bandes organisées se défient?

Il faut relire les déclarations des politiques depuis 24 heures, il faut voir l'émotion médiatique, il faut observer ces «envoyés spéciaux» des journaux télés qui sont au chevet du jeune amateur de poing américain (littéralement: ils sont postés devant l'hôpital et nous infoment, heure par heure, de son état de santé). Il faut voir cela, et comparer: avec l'occultation quasi totale de la possibilité des conséquences d'affrontements entre une bande organisée juive (genre Betar, LDJ...) et d'autres bandes organisées (conséquence même indirecte: si un groupuscule type Betar ou LDJ sévit dans le quartier, malheureusement tout juif devient une cible pour les tarés d'en face), ou encore avec l'absence de réaction (ou cirque médiatique) suite à d'autres agressions dans Paris (l'indignation médiatique à deux vitesses étant certainement un élément aggravant à ce type de tensions, chacun se rêvant en «ligue de défense» communataire).

[Ajout lundi soir 23 heures] Signalé par un participant au forum, cette dépêche de l'AFP:
Le patron d'un bar-tabac situé près du lieu de l'agression a évoqué lundi sur RTL un "règlement de comptes entre petites bandes" plutôt qu'une agression antisémite. "Aux alentours de 18H00-18H30, il y a un groupe de jeunes juifs qui sont arrivés, ils étaient approximativement une vingtaine qui se sont dirigés vers le square au niveau de la rue Petit et qui sont allés directement agresser des jeunes et puis après, il s'en est suivi une altercation assez violente", a déclaré l'homme, qui n'a pas donné son nom mais qui affirme avoir été témoin direct de la scène.

"Il y a eu des jets d'objets, moi, j'étais là en train de baisser mes rideaux métalliques de peur que ma vitrine soit endommagée, ils se sont tous sauvés, à priori ils auraient laissé un de leur amis à terre" a-t-il ajouté.
Publié à peu près au même moment (22 heures), un billet de Reuters suggère que l'emballement médiatique est en train de se retourner: «Incertitudes après l'agression d'un jeune juif à Paris».

[Ajout mardi matin, 10h] Brève du Figaro: la «manifestation pour la Hanouka» n'est plus exactement une célébration religieuse:
Le 9 décembre dernier, Rudy avait participé à une manifestation dans le parc de Bercy à Paris en soutien aux trois soldats israéliens enlevés par le Hezbollah. À l'issue de ce rassemblement, il a été interpellé pour «violences volontaires avec arme par destination» et placé en garde à vue. Il ferait l'objet d'un contrôle judiciaire.
Casser du bougnoule après une manifestation contre le Hezbollah, ça n'est pas exactement mon idée de la fête, mais bon... le Figaro précise:
Selon des sources informées, il est proche de la Ligue de défense juive comme du Betar, ce dont se défendent ces mouvements.

13 juin 2008

Encore des histoires d'arabes

Encore des histoires d'arabes qui, visiblement, n'intéressent pas les médias français.

– La démocratie israélienne et ses collaborateurs

La cour martiale israélienne d'Ofer a condamné le correspondant de la chaîne satellitaire Aqsa TV, Mohammed Ezzat Al-Halayka, à une peine d'un an de prison en l'accusant de travailler pour une chaîne de télévision «ennemie». La court a également condamné Halayka, 25 ans, qui vient de la ville d'Al-Khalil en Cisjordanie, à une amende de 1200 dollars.

Halayka a été arrêté par les troupes israéliennes en décembre dernier, et accusé de «travailler pour une chaîne appartement au Hamas». Le journaliste palestinien avait auparavant été arrêté par les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne sous le commandement de Mahmoud Abbas, et a été humilié par les services de renseignement de l'Autorité palestinienne avant son arrestation par les israéliens.
Le calme règne au Maroc
Les habitants d'une ville marocaine où la police a fait usage de la force pour mettre fin à un blocus qui durait depuis une semaine se sont plaints des méthodes très violentes et déclarent que des manifestants sont toujours cachés dans les collines avoisinantes.

Le gouvernement a nié les allégations de plusieurs témoins selon lesquelles des manifestants ont été tués et des douzaines blessés quand la police est intervenue samedi pour mettre fin aux manifestations à Sidi Ifni par des jeunes qui protestaient contre la pauvreté et le chômage.
Le calme règne en Tunisie
La police a tiré dans la foule pour disperser des centaines de jeunes manifestant contre le chômage et le coût de la vie dans le sud-ouest de la Tunisie, faisant un mort et plusieurs blessés, ont déclaré des officiels du gouvernement et du syndicat vendredi.
À la Une de Reporters sans frontières: «100 photos de Bettina Rheims» (sortez la carte bleue). Seul Le Monde a consacré un article au sujet: «Troubles sociaux meurtriers au Maroc et en Tunisie», par Florence Beaugé. Le Figaro s'est contenté de passer une dépêche AFP sur son site Web. Au même moment, tout ce qu'avait à raconter Libération, c'est «Le Maghreb, terreau de choix pour Al-Qaeda».

Vive la liberté de la presse.

08 juin 2008

Sarkozy aime les Libanais, comme il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Sénégalais et les Marocains

«En montant cette union sacrée, pour le Liban, de la République dont la majuscule est l’objet de la fierté des Français, des francophones, des démocrates.»
Mahmoud Harb
Alors, tu es content, Mahmoud? L'Homme blanc (avec un grand H) est venu t'apporter les Lumières (avec un grand L) de la République (avec un grand R)? C'est dommage qu'il ne soit pas venu avec son grand ami Johnny, qui t'aurait en même temps appris l'amour avec un petit Q.

Est-ce que ça n'est pas le plus beau jour de la vie de ton joli pays, Mahmoud? Ton mignon petit pays que la France éternelle, dans son incommensurable grandeur, a choisi d'aimer. Oui Mahmoud, Saïd Sarkozy aime ton petit pays et ses joyeuses peuplades folkloriques. Et tous les Français aiment aussi ta riante petite contrée et ses tribus bariolées.

C'est pour cela que Saïd Sarkozy, il est venu chez toi (et comme ta peuplade est très hospitalière, il a tout de suite compris qu'il était chez toi chez lui; mais ne va pas t'imaginer que tu serais chez toi chez nous sans visa, notre grandeur d'âme a tout de même des limites). Il est venu chez toi non pas avec quelques milliards d'aide au développement, ni avec des annonces de mesures économiques pour aider ton petit pays, il n'est même pas venu pour t'annoncer que notre politique inepte à l'encontre de ton pays allait changer (au contraire, avec Saïd Hollande, il est venu répéter que la politique de la France au Liban ne changerait pas, et ça, ça valait bien la peine de se déplacer).

Non, Saïd Sarkozy aime tellement ton pays, Mahmoud, qu'il est venu pour t'offrir sa seule présence. Et celle des autres saïd français. Comme ça, tu as pu approcher la République avec un grand R, et rêver à la Liberté, à l'Égalité et à la Fraternité (avec un grand LEF). Et même, Mahmoud, il a accepté de se faire prendre en photo avec toi. Tu sais, c'est une photo de toi avec le représentant sur Terre de la philosophie des Lumières, tu penseras bien à la mettre dans un cadre avec autour une guirlande qui clignote.

Mahmoud, je sais que la politique internationale de notre grand et beau pays dont le R majuscule nous rend si fiers est un peu compliquée pour toi. Je m'en vais donc te livrer cette citation d'un grand film philosophique de chez nous, et tu vas tout comprendre:
«C'est notre Raïs à nous, c'est monsieur René Coty. Un grand homme, il marquera l'histoire. Il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Sénégalais, les Marocains... C'est donc ton ami. Ce sera ton porte-bonheur.»
OSS 117 – le film
À peine arrivée à Beyrouth, Carla Bruni est vendue aux enchères, nue, chez Christie's. Saad Hariri en aurait proposé plus de 200 chameaux.
Et maintenant, Mahmoud, je ne résiste pas au bonheur de reproduire (intégralement) ce que tu as écris dans ton journal, L'Orient-Le Jour (grand L, grand O, grand L, grand J), à la suite de la visite du Président Coty Sarkozy. C'est à mon avis le plus bel hommage que tu pouvais rendre aux scénaristes d'OSS 117. J'apprécie aussi le fait que ce soit qualifié, par ton journal, d'«ANALYSE» (en majuscules).
ANALYSE
De l’union sacrée tricolore pour le Liban
L'article de Mahmoud HARB

Nicolas Sarkozy, président «d’ouverture», aime à citer Jean Jaurès et le fait bien plus que les éléphants du parti de la rose rouge. Il est quasiment impossible aujourd’hui de résister à la tentation de contourner les failles de l’anachronisme, pour suivre son exemple en saluant l’union sacrée – expression chère au leader de la SFIO – des dirigeants français pour le Liban. En saluant la visite à une Beyrouth martyrisée par ceux-là qui prétendent la défendre, de cette colossale délégation des plus hauts responsables de l’État français. En reconnaissant que si Nicolas Sarkozy est – et doit être – quelque part gêné aux entournures par l’échec de sa diplomatie à obtenir ce que le petit Qatar a réussi, par le piège dans lequel Bernard Kouchner a poussé le patriarche Sfeir, il s’est très bien rattrapé hier, sans même avoir à battre sa coulpe. En montant cette union sacrée, pour le Liban, de la République dont la majuscule est l’objet de la fierté des Français, des francophones, des démocrates.

En France, Nicolas Sarkozy est souvent accusé de verser dans la communication volubile plutôt que dans l’action efficace. Sa visite au Liban serait-elle pour autant un coup de com’ d’un président en quête de cote de popularité, d’une hausse dans les sondages, d’une petite place sur la scène internationale ? La réalité semble être tout le contraire. Car si le président B.C.B.G. voulait faire dans la publicité, il se serait probablement contenté de se faire accompagner par les ténors de son parti ou par les gardes rapprochés de sa «task force» ministérielle.

Bien au contraire, Nicolas Sarkozy a tenu à associer à sa démarche «toute la France, pour dire que le Liban a le droit de penser à l’avenir». À commencer par son Premier ministre François Fillon, même si les relations entre les deux hommes seraient houleuses, même s’il n’est pas coutume que le président de la Ve République voyage avec le chef de son gouvernement. Et puis François Hollande, même si le PS et l’UMP sont deux formations adversaires. Et encore François Bayrou, même si son Modem rachitique tente désespérément de chasser sur le territoire du parti de la majorité présidentielle. Sans oublier la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, ni le président des Radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet. Ni Marie-Georges Buffet, même si la présence de cette dernière n’a ravi que Khaled Hdadé, chef du Parti communiste – fantôme – libanais, même si le PCF continue de soutenir des positions tiers-mondistes anachroniques et des résistances souvent obscurantistes, comme s’il incombait aux seuls habitants du tiers-monde de combattre le «Léviathan» de la mondialisation, sans pouvoir aspirer à la démocratie républicaine. Et certainement pas «populaire».

Et si tous ces dirigeants de l’opposition ont bien voulu se ranger sous la houlette de Nicolas Sarkozy, si le président français a enfreint aux coutumes protocolaires de la République, c’est parce que la France nous a très bien compris, comme aurait dit le général de Gaulle. C’est dire que Paris a réalisé que «la partie qui se joue actuellement au Liban intéresse de près tous les Européens», selon les mots de Régis Debray. Et il est vrai que, sur ces modestes 10 452 kilomètres carrés morcelés en périmètres de sécurité, se joue une lutte féroce entre les Lumières et l’obscurantisme, la pluralité éclairée et l’homogénéisation totalitaire, entre la nahda et l’inhitat, entre la parole et le kalachnikov, entre la démocratie confessionnelle bariolée et la théocratie monochrome, entre la croissance durable – même si souvent inéquitable – et la révolution permanente, le massacre perpétuel.

«Il n’y aura pas de paix et de stabilité dans la région s’il n’y en a pas au Liban.» Sarkozy l’a souligné fort à propos. Si la liberté perd la bataille au Liban, les Barbares – au sens où l’entendaient les historiens antiques, c’est-à-dire ceux qui se trouvent ou se placent à l’extérieur du règne de la civilisation de l’époque – viendront frapper aux portes des Romes modernes. D’où l’importance cruciale de l’union sacrée de la France – et des puissances démocratiques – pour le Liban.

Ces Libanais désunis n’ont pas de comptes à demander à une France à laquelle ils doivent déjà beaucoup. Néanmoins, au nom des valeurs tricolores de la liberté, de l’égalité et de la fraternité desquelles «procède l’attachement particulier du Liban à la France», comme l’a merveilleusement affirmé le président de la République Michel Sleiman, il est des inquiétudes libanaises que Paris devrait lever. Et notamment en ce qui concerne «cette nouvelle page (qui) est peut-être en train de s’ouvrir avec la Syrie».

Nicolas Sarkozy a déjà lancé quelques signes réconfortants à cet égard, en se situant dans la continuité de la politique libanaise de Jacques Chirac et en conditionnant l’amorce de la normalisation des relations entre Paris et Damas à l’ouverture d’une ambassade syrienne à Beyrouth et au respect de la paix civile et de la stabilité au Liban. Mais les Libanais ont vécu beaucoup trop de déceptions pour savoir qu’un petit accord entre l’Occident et les Assad entraîne souvent une grande hécatombe au Liban. Il incombe à la France qui partage avec le Liban «les grandes valeurs de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés publiques» – encore une excellente expression de Michel Sleiman – de briser cette règle assassine de l’histoire de la région. En attendant une union sacrée des Libanais, pour le Liban…

04 juin 2008

L'AIPAC crie, Obama aboie

Obama à l'AIPAC...

Les bêtises américaines habituelles. L'intégralité de son discours est disponible sur le site du Washington Post, c'est atterrant de bout en bout.

Mais quelques détails dépassent le «consensus» habituel américain. Il n'y a pas une phrase décente dans toute cette intervention, et je ne vais pas me cogner la traduction intégrale de ce genre de divagations; je me contente de reproduire ici quelques éléments qui, même dans l'ambiance politique américaine particulièrement «biaisée», dépassent ce qui, même là-bas, est communément admis.

But any agreement with the Palestinian people must preserve Israel's identity as a Jewish state, with secure, recognized, defensible borders.
(«Mais tout accord avec le peuple palestinien doit préserver l'identité d'Israël en tant qu'État juif, avec des frontières sûres, reconnues et défendables.»)
And Jerusalem will remain the capital of Israel, and it must remain undivided.
(«Et Jérusalem doit demeurer la capitale d'Israël, et doit rester unifiée.») Pour rappel, l'ONU refuse que Jérusalem soit la capitale d'Israël, et considère que Jérusalem Est est un territoire occupé.
The threats to Israel start close to home, but they do not end there. Syria continues its support for terror and meddling in Lebanon, and Syria has taken dangerous steps in pursuit of weapons of mass destruction, which is why Israeli action was entirely justified to end that threat.
Nous avons donc, selon Obama, la tentative de développer des armes de destruction massive par la Syrie. Mais Obama n'étant pas Bush, on est donc prié, cette fois-ci, d'y croire.

Ne pas rire, Obama évoque de grands prédécesseurs pour sa manière de gérer la «menace» que représente, selon lui, l'Iran:
They forget the example of Truman, and Kennedy, and Reagan. These presidents understood that diplomacy, backed by real leverage, was a fundamental tool of statecraft.
Reagan, le même Reagan que dans l'Irangate?

02 juin 2008

Les États-Unis réinventent les pontons

Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un ponton, direction Wikipedia et Prison.eu.org. Et c'est aujourd'hui (2 juin 2008) dans le Guardian: «Les États-Unis accusés de détenir des suspects de terrorisme sur des bateaux-prisons», par Duncan Campbell et Richard Norton-Taylor. Voici la traduction maison des deux premiers tiers de cet article.

Les États-Unis utilisent des «prisons flottantes» pour détenir les individus arrêtés dans sa guerre contre la terreur, selon des avocats des droits de l'homme, qui dénoncent une tentative de dissimuler le nombre et les lieux des détentions.

Des informations sur les navires où les détenus ont été retenus et sur les sites qui auraient été utilisés dans différents pays à travers le monde ont été compilées à mesure que le débat sur la détention sans procès s'intensifie des deux côtés de l'Atlantique. Le gouvernement américain a été exhorté hier à fournir la liste des noms et des lieux de ceux qui ont été détenus.

L'information quant à l'existence de bateaux-prison est sortie par un certain nombre de sources, dont des déclarations de l'armée américaine, le Conseil de l'Europe et les instances parlementaires, et les témoignages de prisonniers.

Le rapport, qui doit être publié cette année par l'organisation de défense des droits de l'Homme Reprieve, affirme également qu'il y a eu plus de 200 nouveaux cas de déportation (rendition) depuis 2006, quand le président George Bush a déclaré que cette pratique avait cessé.

C'est l'utilisation de navires pour détenir des prisonniers, cependant, qui soulève de nouvelles préoccupations et des demandes d'enquêtes en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

D'après les recherches effectuées par Reprieve, les États-Unis auraient utilisé pas moins de 17 navires comme «prisons flottantes» depuis 2001. Les détenus sont interrogés à bord des navires et ensuite déportés dans d'autres lieux, souvent non divulgués, selon ce rapport.

Les navires identifiés comme lieux de détention de prisonniers sont notamment l'USS Bataan et l'USS Peleliu. 15 autres navires sont soupçonnés d'avoir été utilisés autour du territoire britannique de Diego Garcia dans l'océan Indien, qui a été utilisé comme base militaire par le Royaume-Uni et les Américains.

Reprieve sera s'alarme particulièrement quant aux activités de l'USS Ashland et le temps qu'il a passé au large de la Somalie au début de 2007, quand il menait des opérations de sécurité maritime dans le but de capturer des terroristes d'al-Qaida.

À cette époque de nombreuses personnes ont été enlevées par les forces de la Somalie, du Kenya et de l'Éthiopie, lors d'une opération systématique impliquant des interrogatoires réguliers par des personnes soupçonnées d'être membres du FBI et la CIA. En fin de compte plus de 100 personnes ont «disparu» vers des prisons dans des lieux incluant le Kenya, la Somalie, l'Éthiopie, Djibouti et à Guantánamo Bay.

Reprieve pense que des prisonniers pourraient également avoir été retenus pour interrogation sur l'USS Ashland et d'autres navires dans le golfe d'Aden au cours de cette période.

Le rapport de Reprieve inclut le témoignage d'un prisonnier libéré de Guantánamo Bay, qui décrit l'histoire d'un autre détenu sur sa détention sur un navire d'assaut amphibie. «Un des prisonniers détenus avec moi à Guantánamo a été en mer sur un navire américain avec environ 50 autres détenus avant de venir à Guantanamo... il était dans la cage à côté de moi. Il m'a dit qu'il y avait environ 50 autres personnes à bord du navire. Ils ont tous été fermés dans le fond du navire. Le prisonnier m'a dit que ressemblerait à quelque chose que vous voyez à la télévision. Les personnes détenues à bord du navire ont été frappées encore plus sévèrement qu'à Guantánamo.»

Clive Stafford Smith, le directeur juridique de Reprieve, a déclaré: «Ils choisissent des navires pour tenter de dissimuler leur faute dans la mesure du possible des regards indiscrets des médias et des avocats. Nous finirons par rendre leurs droits légaux à ces prisonniers fantômes.

«De son propre aveu, le gouvernement américain détient actuellement au moins 26000 personnes sans procès dans des prisons secrètes, et des informations donnent à penser que jusqu'à 80000 sont passées “par ce système” depuis 2001. Le gouvernement américain doit faire la preuve de son engagement pour droits fondamentaux et d'humanité, en révélant immédiatement qui sont ces gens qui, où ils sont et ce qui leur a été fait.»

[...]
La suite présente des déclarations de politiques suite à cette révélation.

31 mai 2008

Un mariage annulé parce que le mari avait trahi les convictions religieuses de sa femme

Pfiou, vous ne trouvez pas que ça pue, ici? Je veux dire, ici, en France. Encore une belle bouffée d'islamophobie. Évidemment, c'est dans un journal «de gauche», Libération.

Quelques notes jetées rapidement sur ce blog...


– Évidemment ça n'a rien à voir: le lendemain, Libération défendait d'atroces dessins islamophobes et racistes au prétexte de nos belles valeurs républicaines de «liberté d'expression». Pourtant, c'est sans doute super pas raciste:

Ou encore cette statue bizarre, un gros Néerlandais, chaîne au pied, qui porte sur son dos un Noir aussi corpulent que lui, bras croisés et tétine à la bouche, sous cette légende : «Et maintenant, aussi un monument à l’esclavage pour le contribuable autochtone blanc» - critique croisée de la multiplication des monuments à l’esclavage aux Pays-Bas et du débat sur le statut des Antilles néerlandaises.
Le «Sex» de la City a été censuré à Jérusalem, et Time Out titre «No Sex!» en mettant des bandeaux sur la bouche des quatre actrices. Cette atteinte à la liberté d'expression par les culs bénis n'a pas les honneurs du quotidien, mais uniquement de l'anectodique site Next. Quant à faire savoir qu'on a brulé des nouveaux testaments, la semaine dernière, à Jérusalem, faudrait pas pousser.


– Le début de l'article sur l'«affaire» de la virginité donne le ton: petites phrases courtes, martiales et indignées:
La mariée n’était pas vierge. Le mariage a été annulé. Et c’est arrivé près de chez vous. La décision a été rendue au mois d’avril par le tribunal de grande instance de Lille. Elle vient d’être commentée dans une revue juridique. Les juges ont pensé que le mari plaignant avait été trompé sur la virginité de sa femme, considérée en l’occurrence comme «une qualité essentielle.»
«C'est arrivé près de chez vous». Si le bon bobo n'est pas encore choqué par ce coup d'État islamiste près de chez lui, la suite devrait produire le bon effet:
Le mariage se fait en grande pompe, comme il se doit. La nuit de noces, le marié découvre que son épouse a menti. Au bout de quelques heures, il débarque au milieu des invités qui sirotent un dernier jus. Il n’a pas de drap taché de sang à exhiber.
«Il n’a pas de drap taché de sang à exhiber.» Le début se veut factuel, mais cette dernière phrase ne l'est pas: il s'agit de l'énoncé de ce que la journaliste suppose devoir se passer dans un tel mariage. Qu'est-ce qui permet à la journaliste de penser que le marié avait prévu de ressortir de la chambre et de venir exhiber un drap taché de sang? Est-ce un témoignage d'un membre de la famille (genre: «on attendait à côté qu'il vienne nous montrer les draps»), une constante des mariages marocains traditionnels en France, ou un fantasme de la journaliste?


L'Orient-Le Jour, jamais en difficulté pour reprendre les plus navrantes considérations orientalistes des médias occidentaux, consacre un court article à l'affaire. Dernière phrase de ce billet, ce quotidien chrétien libanais informe ses lecteurs:
En islam, les relations sexuelles sont prohibées en dehors du cadre légal du mariage, et les jeunes filles doivent se présenter vierges à leurs premières noces.
On croit rêver: «en islam». Ce que le lecteur de L'Orient-Le Jour sait pourtant très bien:
  • la libéralisation sexuelle au Liban est toute relative; voir par exemple cet article sur «Une émancipation “en cachette”»;
  • le tabou quant à la virginité des filles concerne non seulement les musulmans, sunnites comme chiites, mais aussi les chrétiens. L'espèce de sous-pape qui dirige la communauté spirituelle maronite n'est pas plus marrant sur le sujet que Jean-Paul II et Ronald Reagan; en décembre 2006, il recommandait aux familles de ne pas laisser leurs filles participer aux manifestations de l'opposition, y dénonçant l'insoutenable promiscuité entre hommes et femmes qui sévissait dans ces «rassemblements mixtes incontrôlés»;
  • même dans les familles moins regardantes sur la virginité, la vie en concubinage de jeunes couples est particulièrement rare, et quasiment inexistante en dehors de Beyouth;
  • il n'y a pas de mariage civil au Liban; non seulement seuls les religieux peuvent célébrer les mariages, mais de plus ce sont les règles religieuses de chaque communauté qui s'appliquent, en dehors de toute protection minimale (notamment des droits des femmes) par l'État. Et en cas de contestation, ce sont des tribunaux ecclésiastiques ou musulmans qui statuent. Voir par exemple cette étude sur «Le rôle de la cour suprême libanaise en matière de statut personnel».
Pour les mal comprenants: à titre personnel, ce tabou de la virginité et de l'union libre m'est carrément étranger. Français athée enfant de 68, je n'ai aucune sympathie pour ce genre de considérations. Ce qui me choque ici, c'est que L'Orient-Le Jour parvient à glisser une mention commençant par «en islam», alors que la question au Liban concerne absolument toutes les communautés religieuses.


– Lire les très intéressantes explications suivantes:
Le second texte, sur la contractualisation du mariage, introduit des réflexions réellement enrichissantes. Je trouve ainsi inquiétant de voir les belles âmes de gôche dénoncer une décision de justice au motif qu'elle ne se baserait que sur le droit (et l'aspect contractuel du mariage entre deux personnes) et ainsi, implicitement, réclamer que la loi fixe une norme morale. Vouloir que la loi se mêle de morale dans un sens (plus de libéralisme sociétal), c'est ouvrir la boîte de Pandore, puisque cela légitime alors que cette même loi évolue, à une autre époque et sous un autre gouvernement, pour aller dans l'autre sens.


– Norme morale qui n'est pas que celle de quelques barbus islamistes super-méchants. C'est aussi celle de la génération de mes parents. C'est celle de quatre de mes amis (deux couples, donc), catholiques, qui avaient choisi avec leurs épouses de se marier vierges dans les années 90. Aux dernières nouvelles, ils ont de très beaux enfants et mènent une vie heureuse.

Les communiqués enflammés des responsables de l'UMP contre cette «fatwa» sont particulièrement grotesques, considérant que les mêmes dénoncent depuis 40 ans la perte de repères moraux que représentait mai 68.


– Surtout, je tiens à mettre en avant cette décision de justice signalée par un participant au forum de Maître Eolas. Je la reproduis ici intégralement, parce que, encore une fois, ce qui permet de déceler la motivation islamophobe est l'émergence d'un sujet médiatique uniquement lorsqu'il concerne l'islam, alors que des faits parfaitement similaires, antérieurs, n'avaient entraîné rigoureusement aucune irritation des bonnes âmes «laïques».

De quoi s'agit-il: une femme avait obtenu l'annulation de son mariage (annulation confirmée en cassation), parce que son mari lui avait caché qu'il avait déjà été marié, alors qu'elle entendait «épouser une personne non divorcée». Et non, ça n'est pas avant mai 68, c'est en décembre 1997.
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, PREMIERE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le pourvoi formé par M. Noël X..., en cassation d'un arrêt rendu le 5 décembre 1994 par la cour d'appel d'Angers (1re chambre civile, section B), au profit de Mme Bernadette Y..., défenderesse à la cassation;

Mme Y... a déposé un pourvoi incident contre le même arrêt ;

Le demandeur au pourvoi principal invoque, à l'appui de son recours, le moyen unique de cassation annexé au présent arrêt ;

La demanderesse au pourvoi incident invoque, à l'appui de son recours, le moyen unique de cassation annexé au présent arrêt ;

LA COUR, composée selon l'article L. 131-6, alinéa 2, du Code de l'organisation judiciaire, en l'audience publique du 28 octobre 1997, où étaient présents : M. Lemontey, président, M. Durieux, conseiller rapporteur, M. Grégoire, conseiller, M. Sainte-Rose, avocat général, Mme Aydalot, greffier de chambre ;

Sur le rapport de M. Durieux, conseiller, les observations de la SCP Urtin-Petit et Rousseau-Van Troeyen, avocat de M. X..., de Me Garaud, avocat de Mme Y..., les conclusions de M. Sainte-Rose, avocat général, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

Sur le moyen unique du pourvoi principal :

Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt attaqué (Angers, 5 décembre 1994) d'avoir prononcé l'annulation de son mariage avec Mme Y..., célébré le 18 août 1973, sans rechercher si l'erreur sur une qualité essentielle de la personne aurait été déterminante pour n'importe qui d'autre que Mme Y... et non pas seulement par l'effet d'une disposition d'esprit particulière à celle-ci, de sorte que la cour d'appel n'aurait pas légalement justifié sa décision au regard de l'article 180, alinéa 2, du Code civil;

Mais attendu que la cour d'appel a retenu, à bon droit, que le fait pour M. X... d'avoir caché à son épouse qu'il avait contracté un premier mariage religieux et qu'il était divorcé, avait entraîné pour son conjoint une erreur sur des qualités essentielles de la personne;

qu'elle a souverainement estimé que cette circonstance était déterminante de son consentement pour Mme Y... qui, désirant contracter un mariage religieux, entendait, par là même, épouser une personne non divorcée;

qu'elle a ainsi légalement justifié sa décision;

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le pourvoi incident de Mme Y...:

REJETTE le pourvoi;

Condamne M. X... aux dépens;

Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette la demande de Mme Y...;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du deux décembre mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept.
Le marié était un divorcé. Le mariage a été annulé. Et c’est arrivé près de chez vous.